vendredi 19 décembre 2014

Lire à Noël

Noël, encore un. Mon grand-père calculait son temps en Noël : « c’est mon dernier » a-t-il dit pendant une bonne dizaine d’années. Pour certains, qu’ils soient seuls ou bien entourés, les fêtes peuvent être nostalgiques, voire tristes. Pour d’autres, une prouesse d’organisation. Mais il faut bien admettre que nos Noëls d’enfants sont, en majorité, pleins de beaux souvenirs. Des fêtes de congé, de neige, de couleurs, de cadeaux, de joues rouges, de sourires ravis. Parsemées de danses, de musiques, de bonshommes de neige ou de jeux de cartes. Toujours de bonne boustifaille. 

Nos Noëls d’adultes sont souvent très loin de nos jours d’enfants. Je n’y échappe pas. Même entourée de la famille, de princesse et de chevaliers, de pirates et de bricoleurs, je me sens superficielle, consommatrice, un peu sur la corde de la performance d’hôtesse ou je joue le jeu de l’invitée. 

Du plaisir oui, 
de la joie, oui, 
de la fatigue, sûrement, 
de la satisfaction, très souvent.
Mais de l’émotion, celle du dedans, celle qui remue mon cœur d’enfant, rarement.
Sauf cette année. 

Quand on a donné notre liste de cadeaux à la personne responsable de la cueillette. Je ne sais pas qui m’a pigée, mais je l’annonce, avant Noël, j’ai pigé mon frère. Je n’en ai qu’un. Nous n’étions que deux enfants dans la famille. Qu’ai-je demandé au père Noël? Un livre. Qu’à demandé mon frère au père Noël? Un livre. De la quinzaine de personnes qui constituent la famille agrandie, nous avons été les seuls à demander un livre. Ce qui m’a émue jusqu’au cœur. Comme un fil qui me relie à lui, pour toujours. Quand on lisait, on ne pensait pas à se détester. Les livres nous ont rendus généreux, ont permis de garder intacte notre fraternité-sororité, celle qui s’entend bien et s’aime malgré les différences.

En voyant sa demande, je nous ai revus certains dimanches, et à plusieurs anniversaires, parents et enfants, au salon. Nous lisions. Nous étions bien. Très bien. Merveilleusement calmes. Sans acrimonie, sans bataille. Chacun dans son monde, et pourtant le même monde. Du même souffle. D’un même cœur. Enfin, j’ose le croire. 

Je vous souhaite de retrouver cette émotion de votre enfance, au temps où il n’y avait que le bonheur d’être soi-même. Avez-vous essayé avec un livre?
(Photo de l'auteure, en 1962)
(Illustrations d'arbres de Noël en livres, empruntés à Google images)

jeudi 11 décembre 2014

Ce sera Christian Quesnel



J’aime tellement ce qu’il fait. Loin de l’hyperréalisme, mais quand même quelques éléments bien figuratifs, ses illustrations aux couleurs parfois vives, parfois pastel suggèrent plus qu’elles n’imposent une idée. Son originalité vient peut-être du fait qu’il n’est d’aucun mouvement ou école de pensée. Il a créé son propre style. Je l’ai connu par son livre Cœur d’argile, mais je crois que son dernier, Ludwig, est en train de faire le tour de la province et du nord des États-Unis. La maison d’édition au nom enchanteur de Neige-Galerie, qu’il a créée avec quelques auteurs de l’Outaouais a déjà publié plusieurs titres. 

Je lui ai donc demandé de faire la couverture de mon prochain roman, Les têtes bouclées. Je l’ai rencontré à son studio. Je lui ai présenté Les têtes rousses paru en 2011 et ce cahier bleu que ma grand-tante religieuse a tenu dans les années 1920-1940, qui  me sert d'inspiration pour cette série. Il aurait bien voulu en trouver un semblable dans la maison où il habite depuis quelques années. Un cahier qui recèle des trésors d’histoires, de photos, de tableaux généalogiques, de cartes mortuaires, de chiffres, de numéros de lots dans les cimetières, d’adresses. Je lui ai donné quelques détails des personnages à quoi ils ressemblent, où ils ont vécu. C'est tout, je le laisse aller, j'ai confiance.

Il a dit oui. Je sais que ce sera beau.

Ce sera donc Christian Quesnel.

Vous pouvez en savoir plus sur lui:

Les illustrations sont évidemment de Christian Quesnel

lundi 8 décembre 2014

Certains matins...


Certains matins, les mots tardent à arriver ou ne s’assemblent pas en phrases.
Certains jours, l’esprit a besoin de s’aérer, de respirer.
Ce jour-là, ce matin-là, dehors, la nature s'est fait lumière, s'est fait couleurs.
C’est aussi ça la vie. Peut-être la seule vraie.
La mienne en tout cas.

(photos de l'auteure)

lundi 1 décembre 2014

Ce sera Les têtes bouclées


Pour la vraie couverture, il faudra patienter quelques mois.
Le 28 novembre 2014, une date à retenir : mon blogue a six ans? Non, qu’importe. Deux jours avant la date anniversaire de mon père qui aurait eu 92 ans? Non, pas ça. J’ai attendu en décembre pour l’annoncer parce que j’attendais le calendrier d’échéance pour vous en dire plus. Confirmation ce matin.

Donc, tatadam… certains l’auront déjà deviné… c’est ce jour-là que j’ai reçu un courriel de l’éditeur de Vents d’Ouest m’annonçant que mon roman, Les têtes bouclées, sera publié. 

Joie. Borborygmes. Soupirs. Grand sourire. Fête.

Compte à rebours commencé. Noter les dates, les prochaines étapes. Rencontrer la réviseuse qui me suggérera des transitions, des améliorations pour assurer une meilleure continuité, surtout dans le dernier tiers. À l’avance, ayant confiance, je dis oui à tout. Je verrai point par point lors de la réécriture. Je vérifie quand même, j'ouvre mon fichier, je cherche les chapitres. Ah ! oui, peut-être que je pourrais développer ceci et cela. Mais j’accepte l’aide. Je voudrais un déclic, sentir la même émotion que lorsque Bernadette Renaud m’avait suggéré une scène-pivot pour mon premier. 

La couverture : j’y pense depuis longtemps. Je la veux différente des Têtes rousses. J’ai déjà le nom du dessinateur en tête. Lui demander, envoyer un courriel, prendre rendez-vous. Le dire? Puis-je? Il n’a pas encore accepté. Le nom a été soumis à l’éditeur qui a dit oui tout de suite. 

La publication : octobre 2015. C’est loin, mais je m’en doutais, c’était le cas également pour Les têtes rousses

L’éditeur m’a parlé de la suite du roman. Il y a quelques semaines, je voulais tout lâcher, me contenter d’écrire un long et dense épilogue au tome 2. Arrêter là le suspens, la tension, le devoir, l’obligation, la discipline. Juste vivre et me faire plaisir. Mais voilà, la promesse de publication, la possibilité d’une trilogie m’incite à la réflexion, me motive. Me fait croire que j’en suis capable. 

Et puis, ne pas essayer de tout régler la première semaine. Ni anticipation, ni projection. Ni même de comparaison avec Les têtes rousses, sinon, les dates du 7 octobre et  du 2 décembre 2011 vont revenir me rappeler des jours plus sombres qui avaient gâché un peu beaucoup la sortie de mon roman d’alors. Goûter chaque moment et me réjouir de pouvoir les vivre, un par un, une étape à la fois et continuer de vivre mes trois rêves: lire, écrire, voyager.

Pour l’instant donc, l’annoncer. 

C’est fait.

vendredi 28 novembre 2014

Bonheur du jour(4)

D’abord l’anticipation. Prendre prétexte de l’achat d’un cadeau pour Noël pour quelqu’un d’autre et te faire plaisir à toi aussi. Avoir hâte de voir l’étalage, la décoration des fêtes, les nouveaux titres surtout. 

Le choix de la librairie. Sans hésitation une librairie indépendante (Rose-Marie à Buckingham) parce que tu boudes Renaud-Bray depuis plusieurs mois : il ne veut pas des livres de Dimedia, tu ne veux pas des siens. Quant à Archambault, il peut se passer de ton argent et de toute façon, le magasin est mal situé pour toi. 

Et puis quel plaisir de voir que la propriétaire te reconnait, même si tu n’y vas plus aussi souvent, depuis que tu es membre de la BANQ. Et si elle ne se souvient pas de ton nom, son sourire et l’empressement avec lequel elle t’indique où trouver tel ou tel livre te font chaud au cœur comme si tu partageais une même passion, ce qui est le cas.

Le choix des livres. Le véritable enchantement commence, la délectation. Comme des caresses d’amour. Rapidement tu prends le livre de 1000 pages de Ken Follett pour le cadeau des Fêtes. Peut-être l’emprunteras-tu pour le lire ? Tu t’attardes aux présentoirs des nouveautés. Tu remarques que les sept tomes de Fanette de Suzanne Aubry ont leur propre présentoir. Wow, quelle promotion ! Tu hésites devant le dernier de Michel Tremblay, Survivre Survivre. Mais tu sais que c’est une sorte de suite de la diaspora des Desrosiers et que tu n’as pas lu tous les précédents. Prendre un livre de Léméac/Actes sud est toujours un plaisir. Tu as toujours aimé le format, le choix du papier la texture de la couverture. Quoiqu’on dirait bien qu’au toucher, la couverture n’est plus aussi poreuse. Tu hésites.

Tu te rends dans les bandes dessinées, tu cherches les éditions de la Pastèque, tu ne trouves pas, tu demandes à la propriétaire. Auteur Marsi, Titre Colis 22, éditions La pastèque, elle trouve immédiatement. Pourquoi celui-là ? Depuis le temps que tu voulais lire Marsi, le compagnon de Venise. Tu as couché chez eux, ou plutôt tu avais séjourné dans leur stationnement trois jours pendant les correspondances d’Eastman. Elle tient un blogue sur la littérature québécoise, Le Passe-mot et lui, il dessine. Fort bien d’ailleurs. Tu feuillettes : un vélo. Ça te rappelle tes intrépides virées avec tes bicyclettes. Tu tournes encore quelques pages, tu es ravie, tout à fait le genre de dessins en noir et blanc comme ceux de Michel Rabagliati que tu aimes bien aussi. Tu hésites, mais entre un Tremblay que tu pourrais emprunter à la bibliothèque et une bande dessinée québécoise, d’un auteur relativement nouveau qui commence dans le domaine… tu te décides, ce sera Marsi.

Un troisième ? Allez, dis oui. Un roman que tu ne peux pas emprunter en numérique à la BANQ, parce que tous les éditeurs ne s’y trouvent pas, allez savoir pourquoi. Tu retournes aux romans, tiens un nouveau Nancy Huston, oui, tu te souviens avoir lu un article sur elle, dernièrement. Bad girl. Non, non, tu ne vas pas encourager ces titres en anglais ? Tu sais comme ça t’horripile cette tendance très française de croire que l’anglais répond mieux à certaines façons de penser. Et puis tu sais aussi que tu as été souvent déçue de la lecture de Nancy Huston. Tu feuillettes quand même. Page 11 : «Toi, c’est toi, Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère, celui/celle qui lit. Un personnage.» Et page 259, une citation de Roland Barthes « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. » Tu es remuée, avoues. Tout à fait ce que tu voudrais écrire au sujet du manuscrit sur lequel tu travailles présentement. De vraies personnes qui deviennent personnages. Dont la vérité se change peu à peu en simple vraisemblance.

Tu aimes déjà ces petits chapitres courts qui tiennent en une demi-page, parfois deux. Tu le gardes dans tes mains, mais tu cherches s’il n’y aurait pas mieux. La tête penchée pour voir les noms des auteurs, tu cherches dans les « L », sachant bien que les tiens ne sont plus sur les tablettes depuis bien longtemps. Et puis, de toute façon, trop estomaquée par ce que tu viens de lire, tu sais que ton choix est fait, tu jettes un coup d’œil à la quatrième couverture  et à quelques pages encore du Bad girl de Huston. Non, décidément, tu dois le prendre, tu veux le lire, tu sais déjà que tu souffriras de ne pouvoir écrire comme elle, qu’il ne faut pas d’ailleurs, mais que finalement tu baigneras dans cette atmosphère que tu aimes tant, assise dans ton fauteuil préféré, au coin du feu, peut-être du Mozart ou du Bach en sourdine, un café sur la petite table, sûrement. Tu essaieras de ne pas te précipiter sur ton cahier de notes à chaque trois pages de lecture. Tu essaieras d’être une lectrice seulement. 

Tu seras comblée.

(photo de l'auteure)
Blogue de Venise >>>

vendredi 21 novembre 2014

De la résistance

Ils ne sont pas nombreux les blogues d’auteurs québécois. Celui d’Annie Cloutier me plaît bien, elle ne parle pas que de livres ou d’écriture. Elle n’écrit pas en langage de blogue ni chronique journalistique. Elle écrit comme elle l’entend. Plus long qu’un billet moyen. Et je m’en réjouis. Elle a beau écrire : «Qui aime les récits de ce qui ne tourne pas rond? Le blogue ne sert pas à étaler. Je résiste donc

Dans ses billets, j'y ai quand même vu des tourments, des doutes, des questions et ses résistances. Entre les lignes, ses humeurs.
Moi aussi, je résiste souvent. J'essaie de garder pour moi ma mauvaise humeur, qui dure moins longtemps qu’à quinze ans, mais encore trop. Je sais pourtant que je dois parler ou écrire pour évacuer ces nuages noirs, ces orages intérieurs. Mais je ne veux pas embêter les gens avec mes sombres pensées. Ne veut pas expirer cette énergie négative, la jeter à tous les vents dans l’univers des autres, qu’ils soient des lecteurs ou des proches.

Mais où me débarrasser de ce trop-plein émotif? Après quelques grognements et résistances de ce cerveau rancunier, la réponse s’impose, toujours la même : dans un roman. Dans un roman, il faut justement de la mauvaise humeur, des conflits, des cris, du négatif, du ça va mal, de la violence, des pleurs dont on ne sait quoi faire, des gens en mauvaise santé, des gens qui vont mourir, ces gens qu’on ne veut pas voir, notre malaise qu’on ne veut pas affronter.

Alors je m’y mets aussitôt comme une catharsis. 
Mais quel personnage choisir pour une telle libération? Les questions viennent plus vite que les réponses: personne ne cadre avec ma réalité. Tout le monde est gentil dans le manuscrit en cours. Tous des portraits flatteurs. Et quelle est cette idée saugrenue que j’ai eue d’écrire un roman à partir de mes ancêtres? J’ai l’air fin maintenant avec leurs descendants. Je ne veux plus que les descendants soient mes proches. Que les lecteurs pensent que ce sont les membres de ma famille, que la narratrice, c’est moi. Si à la limite, je peux leur inventer des sentiments ou des fantasmes ou des pensées parce que je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont été dans la vraie vie, je résiste à  créer des actes dont ils n’auraient pas été fiers.

Quelle est cette obsession (peut-être un peu fort comme mot, disons, cette inquiétude qui revient) de savoir ce que peut penser le lecteur au sujet de mes personnages, ou apprendre sur les membres de ma famille. Parce que j’ai été étonnée d’apprendre qu’une recherchiste avait cru que j’étais un ex-religieuse à la lecture de mon premier livre Je me veux? Et qu’elle voulait m’interviewer sur ce sujet? Est-ce que je me demande si le Luc d’Hugo Léger, dans Le silence du banlieusard, est l’alter ego de l’auteur, si Nathalie est l’équivalent de sa véritable épouse, si Lucie ressemble à cette petite qu’il a eue ou pas eue, dans la vraie vie. Non, en tant que lectrice je ne me demande jamais, même pour un premier roman, si tout est vrai, si tout vient de la vie de l’auteur. Non, je lis une histoire qui raconte la vie de personnages. Pourquoi en tant qu’auteur, je me préoccupe de ces questions? Pourquoi avant d’écrire une scène, je résiste? Et quand bien même, l’histoire ressemblerait en quelques points à la mienne, quand bien même certains lecteurs chercheraient le lien ou songeraient à faire le rapprochement, quand bien même j’aurais dix romans derrière moi avec une trentaine de personnages différents, des fins, des gentils, des violents, des séparés, des durs à cuirs, des voyous, des éduqués, des ouvriers, alors que ce n'est pas le cas, qu’est-ce que ça change? En quoi ça me concerne, ce que peut penser un lecteur? De toute façon, il s'appropriera l'histoire, en fera ce qu'il veut avec son vécu à lui. Pourvu que ce soit agréable à lire et qu’il passe un bon moment, j’ai ma conscience, j’ai ma vie et moi seule sais ce qu’elle est vraiment. 

Cesse de résister. À tes humeurs, à tes questions. Écris.

blogue d'Annie Cloutier>>>
(photo de l'auteur, au Yukon)

vendredi 14 novembre 2014

Matin de givre

Quand la nature nous dépose cadeau
Quand le givre nous décoche sourire
Quand le soleil nous rend l’humeur belle et douce
Quand les mots s’effacent devant la couleur
Le silence s’installe
Le présent approche et chasse le temps
Le froid s’oublie
La paix vient


(montage photos de l'auteure)

lundi 10 novembre 2014

Bonheur du jour(3)

Bientôt six ans de blogue, mais j’avoue que les anniversaires qui me concernent personnellement, peu importe ce qu’ils rappellent, sont rarement soulignés encore moins fêtés. À peine évoqués, bien souvent oubliés. Tout de même une petite fierté que ce blogue qui n’a plus la prétention de ses débuts. Un fouillis plus ou moins ordonné, juste pour mon plaisir personnel, quoique je ne refuse jamais les commentaires écrits ou glissés à mon oreille un soir de bavardage, signe que mes billets sont lus, ce qui me motive un brin à poursuivre.

Tout de même, certains bonheurs du jour (puisque c’est le titre de ce billet) sont plus jouissifs que bien des anniversaires. Occasionnent une petite ou une grande émotion. Un large sourire parfois. Une paix au cœur bien souvent.

Comme ce courriel reçu la semaine dernière qui confirmait qu’un lecteur trouvait mon manuscrit soumis suffisamment amélioré pour le passer à un autre. Petit bonheur que ce presque oui auquel je n’ai pas ajouté de « mais » ou de « même si ». En tout cas, ce n’est pas un non définitif. 

Comme mes petits déjeuners. Un rituel bien rodé. Un plaisir chaque matin répété, qui s’étire le temps que je veux. Table du matin devant une fenêtre exposée au sud. Lumière bienfaisante surtout en ce mois de novembre parfois maussade. Sittelles, mésanges, geais bleus et même pic sont conviés. Des rôties, un fruit, un café (à elle seule, la première gorgée peut s’avérer le bonheur du jour) et bien sûr l’indispensable lecture. Parfois revue de voyage ou La Presse+, mais plus souvent roman. Le matin, je fuis les prises de conscience, les questionnements, les analyses socio-politiques. Donc que des romans. Ce matin, version papier, Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. Autant je l'ai boudé pendant des années, autant c'est un bonheur assuré de le lire ou relire aujourd'hui.

Entre deux gorgées, il est possible que je me lève pour aller chercher papier et crayon pour noter une idée, venue à la suite d’une émotion à la lecture du roman.

Que du bonheur.
Et vous, comment sont vos petits-déjeuners?

lundi 3 novembre 2014

En Outaouais aussi on écrit, on publie

Oh! que j’aime quand le journal Le Droit publie des articles sur des gens de l’Outaouais. En arts et culture surtout, parce que pour les actualités, je n’ai rien à dire.

Oh! que j’aime quand une auteure de l’Outaouais se démarque. En l’occurrence, Andrée Poulin. Bientôt, on ne parlera plus d’elle comme une Franco-ontarienne. On ne la limitera pas à cet Outaouais où elle demeure. Déjà ses livres sont publiés chez des éditeurs montréalais et le roman qui vient de remporter le Prix TD de littérature canadienne pour l'enfance et la jeunesse est publié chez Bayard Canada. C’est dire que le rayonnement international n’est pas loin. 

Oh! que je suis heureuse pour elle, j’en profite pour la féliciter à nouveau. Un prix de cette envergure, ça ne fait pas que sortir l’auteur de sa région, ça donne un élan pour la suite des choses. Pour continuer à écrire.

Parce qu’elle peut être difficile et longue et méandrique la route de l’édition. Peu importe votre lieu de résidence. Celle de l’écriture ressemble à un sentier plus ou moins éclairé qu’on parcourt en solitaire. Mais ensuite, ensuite…

Entre le rêve et la désillusion se dressent le doute, le questionnement, parfois l’abandon. 
Entre le rêve et la réussite s’interpose surtout la persévérance. Sans compter que chacun a une définition différente de la réussite. On peut réussir dans sa municipalité, sa région, sa province, son pays, le monde. Ou seulement dans sa famille. Et s’en sortir fière quand même. Ou pas.

Pour une Andrée Poulin qui vogue avec un vent favorable vers le sans limites, il y a d’autres auteurs, d’autres éditeurs qui rament. Qui pataugent même. Qui ont peine à se tenir la tête hors de l’eau.

Dans ce monde de l’édition, cruel et complexe, le seul talent, le seul travail ne suffisent pas. Le Québec ne fonctionne pas comme le Canada, les États-Unis ou la France : on peut compter sur les doigts de la main des agences qui conseillent les auteurs. Donc, c’est à l’auteur de trouver une maison d'édition qui l'aide à naviguer sur une mer déjà fort occupée.

Depuis deux bonnes décennies, à moins d’avoir vraiment une maison d’édition qui peut se permettre d’engager une relationniste, il vous faudra, le jour où votre manuscrit sera enfin publié (et ne croyez pas que ce sera le premier le plus difficile, non c’est à recommencer chaque fois), sortir de votre tour d’ivoire, de votre sentier tranquille pour multiplier les activités de promotion qu’on pourrait très bien appeler réseautage. 

Faire appel à vos contacts, envoyer des courriels, des communiqués de presse, courir après les médias, espérer un retour d’appel, écrire des billets de blogue, entretenir un site, twitter, commenter, organiser un ou des lancements, surveiller la distribution de votre livre, prendre d’assaut les librairies (au moins celles de votre quartier), oublier votre gêne pour vérifier que votre livre ne se retrouve pas sur les tablettes de la spiritualité parce que vous avez ajouté le mot « ange » sur la quatrième couverture ou dans le coin des voyages parce que le mot Italie est écrit sur la couverture.

Avoir hâte de rentrer chez vous et juste écrire. Et lire.

Envoyer votre prochain manuscrit, attendre, relancer l’éditeur qui a ses propres problèmes, ses propres espoirs, attendre encore. Continuer, ramer. Vous réjouir pour tous les Loïse Lavallée Nicole Balvay Haillot, Michèle Bourgon, Christian Quesnel, Guy Jean et Andrée Poulin de l’Outaouais qui ont publié cette année (et plusieurs autres que je connais moins).

Espérer qu’un jour, vous ne ferez que ça, écrire. Sans tomber dans la désillusion ou la dévalorisation. Sans abandonner malgré les refus, si telle est votre passion, si là est votre chemin, si là est votre cœur qui bat.

lundi 27 octobre 2014

Sur les traces de... (2)


Sur les traces de... ou ces artistes peintres qui m’ont fait voyager.

À l’école, par le visionnement d’une centaine de diapositives, un professeur d’art plastique a fait connaître quelques artistes peintres à ses élèves de onzième année. Dont j’étais. J’ai surtout retenu Renoir, Delacroix, Van Gogh et Gauguin. Ma culture en art visuel était très limitée. Et les quelques rares voyages m’avaient surtout montré des Michel-Ange à Rome et des dizaines d’églises, encore des monuments et un ou deux musées.

Et j’ai rencontré Louise Falstrault qui n’avait qu’un rêve, devenir artiste peintre professionnelle. Vivre de son art. Elle était curieuse, éclectique. Elle m’apprit la couleur, la composition, l’équilibre des masses. M'apprit aussi à voir la nature, différemment. Dangereuse au volant, son regard s’égarait entre ciel et forêts. Les bleus se changeaient en cérulean, les rouges en rubis, les jaunes en ocres.

Un peu comme les livres (lire billet publié plus tôt cette semaine), la découverte de quelques artistes peintres m’a donné le goût d’aller voir ce que ces artistes avaient vu et peint. Mais plus souvent encore, c’est lors de voyages ou de symposiums auxquels elle participait que Louise me permit de rencontrer  des professionnels dont j’ignorais tout. 

Nous avons marché dans les pas de Van Gogh et trouver difficilement son asile de Saint-Paul de Mausole, en Provence.

À Malaga, Espagne, nous avons appris à connaître — pas aimer, mais au moins connaître et respecter — Picasso. Quant à Barcelone, si un jour on se décide à la visiter, ce ne sera pas pour Dali mais pour Gaudi.

Nous avons traversé toute la municipalité de Pont-Aven, en Bretagne, détectant à chaque détour de rue, la présence de Paul Gauguin et de ses disciples.

Aux États-Unis, j’avoue que peu d’artistes peintres nous touchent. Peut-être au nord, à Cape Cod, ou au Maine, la lumière de certaines marines nous émerveille, comme dans quelques tableaux de Don Stone. En Alaska, l’art tlingit : ses symboles, ses couleurs vives nous ont beaucoup intéressées pour toute l’histoire qu’il racontait.

Pour le Yukon, c'est plutôt les photographies de Christoph Fisher parues dans la revue PhotoSolution d'octobre 2013 qui ont donné le dernier petit coup de pouce à l'artiste-des-couleurs pour avoir le courage de s'y rendre. Sauf que c'était des couleurs d'automne alors qu'il n'était pas question de risquer la neige qui, comme chacun le sait, survient très tôt au nord du 60e parallèle. Tout de même, le ciel du Yukon diffuse une lumière bien différent, d'ajouter l'artiste peintre.

Au Québec, le fait de demeurer en Outaouais, nous étions plus attirées par le Groupe des Sept bien connu en Ontario plutôt que les peintres de Charlevoix, comme Clarence Gagnon. Nous avons toujours préféré la nature, sans présence humaine, à « ma petite cabane au Canada ». Donc le Jack Pine de Tom Thomson nous a menées à la galerie d’art de l’artiste, à Owen Sound et à Kleinburg, au Musée McMichael. Il était tout naturel de passer du groupe des Sept à Bruno Côté. L’idole de Louise (lire billet de juillet 2010>>>) jusqu’à ce qu’elle le rencontre à son atelier à Baie-Saint-Paul et qu’après une soirée de jasette, il lui dise de rentrer chez elle, de l’oublier et de trouver son style à elle. Ce qu’elle fit, tout en continuant de lui vouer une vive admiration.

Comme pour la lecture, l’art visuel à lui seul ne suffit pas à nous donner le goût de bourlinguer, mais l’art visuel aussi.

Et vous, qu’est-ce qui motive vos choix vers telle ou telle destination ?

(Les illustrations proviennent toutes d'Internet, je n'ai pas les moyens de m'offrir les giclées, encore moins les originaux!
En haut à gauche: Jack Pine de Tom Thomson
En bas à gauche: Bruno Côté
En haut à droite: Van Gogh
Au milieu: Paul Gauguin, Pont-Aven
En bas à droite: une photo de Christoph Fisher)