dimanche 14 septembre 2014

Chercher sa mère, trouver son père

Un samedi matin nuageux et froid, des autoroutes tranquilles, pas de bouchon à l’intersection 15-640 (ce qui ne sera pas le cas au retour), j’ai beaucoup aimé la visite guidée du moulin de Pointe-aux-Trembles qu’a bâti le maçon charpentier Jean-Baptiste Deguire, fils de mon ancêtre (du côté de ma mère), le soldat de Carignan, François Deguire dit Larose.

Une vingtaine de personnes. Certaines se connaissent parce que c’est la tante, le neveu, la sœur. J’en connais cinq ou six via la page Facebook Descendants de François Deguire dit Larose. Sourires, poignées de main.

M. Claude Belzil, un bénévole de l’Atelier d’histoire de Pointe-aux-Trembles nous attend, nous présente le moulin, nous explique les étapes des rénovations, nous apprend l’histoire de ce bout de l’île que j’ai rarement visité, sinon pour passer sur la rue Notre-Dame pour visiter des Nantel, des Falstrault, originaires de Tétreauville. On gèle, mais on est ravi. 

Diner au Centre Roussin où se trouve l’Atelier d’histoire de Pointe-aux-Trembles. On se réchauffe, on mange, on fraternise, on discute de notre passion commune de la généalogie, surtout en ce qui concerne les Deguire dit Larose.

Puis, M. Belzil nous présente un membre de son groupe qui, justement, est un Larose. Les deux bénévoles nous invitent à les suivre à l’étage où l’histoire de Pointe-aux-Trembles est illustrée sur les murs, sur une maquette et dans quelques cubicules. 

Plusieurs d’entre nous se demandent si Jean-Baptiste Deguire dit Larose, ce maçon qui a construit le moulin habitait aussi à Pointe-aux-Trembles. Nulle trace de lui sur la maquette des terrains octroyés par les sulpiciens au début de la colonie. Mais oh! surprise, en lisant les noms des propriétaires terriens, que vois-je ? Bricault dit Lamarche, Jean (21). Je m’empresse de chercher le lot 21. Je le trouve, tout petit, sur la rue Saint-Jean. Une maison, une grange, une vache. Plus riche que ses voisins qui, parfois, n’ont qu’un terrain vacant. Pourtant, pourtant, il me semble me souvenir que Marcel Lamarche, Michèle Lamarche et Guy Lamarche qui avaient tenté de fonder une association et publié quelques documents avaient souvent parlé d’une terre, entre la 17e et 19e avenue. Je tente de poser quelques questions à nos passionnés des familles de Pointe-aux-Trembles, mais nous ne sommes pas vraiment là pour les Bricault. Je termine donc la dernière portion de cette journée à glaner le plus d’informations au sujet des Deguire, je m’intéresse aux vivants d’aujourd’hui, je suis toujours curieuse de savoir de quelle lignée ils viennent ou ce qui les a amenés à la généalogie.


Au retour, sous une pluie diluvienne, une brume tenace, je me demande bien si, de ma lointaine campagne, je pourrai retrouver des documents relatifs à mes questions. Je croyais qu’en une heure, j’éluciderais le mystère de cette terre des Bricault. C’était sans compter sur ma mémoire sélective et cette insatiable curiosité qui voudrait bien être satisfaite autant du côté de ma mère que du côté paternel : qui était donc ce Jean-Baptiste Deguire qui a bâti le deuxième moulin de Pointe-aux-Trembles ? Où a-t-il vécu en attendant d’être enterré à Pointe-aux-Trembles, ce que nous a confirmé M. Alain Larose de l’Atelier d’histoire. Et c’est quoi cette histoire de surnom de Larose, soulevée par un des membres présents, surnom qui serait attribué aux joueurs de tambour ? Dans le cas de Belleau dit Larose, oui, il était tambour, mais je n’ai trouvé nulle part que notre François n’était autre que tisserand devenu soldat par esprit de liberté. Le Jean Bricault qui avait le petit lot 21 était-il le même que le Jean, propriétaire de la terre no 9, tel que rapporté dans le livre de Michèle Lamarche en 1998 ?

Des jours de recherche en perspective. Mais comme c’est dommage d’oublier, de devoir refaire et refaire sans cesse le chemin que d’autres ont défriché, suivre les traces, souvent les miennes, pour simplement me souvenir où le trésor était caché. Ré-apprendre ce que je savais peut-être déjà.

Et la grande question : pourquoi je veux savoir le passé, quitte à l’inventer ? Je n’ai pas assez de vivre le présent ?

dimanche 7 septembre 2014

Le bonheur du jour

Saviez-vous que le-bonheur-du-jour était un meuble? Pour écrire et pour les dames! Un restaurant aussi, quelques blogues et deux ou trois titres de romans. Peut-être me laisserai-je tenter par un roman de José Canabis.

En voyage, dans mon cahier de bord, à la fin de la journée, j’aime bien noter le plaisir du jour. Aujourd’hui, à défaut d’écrire un long billet, j’aimerais bien commencer une série « bonheur du jour ». Je me connais, je sais bien que je ne tiendrai pas longtemps, je n’aime pas les contraintes. 

Au moins aujourd’hui : une photo et quelques lignes.

Aujourd’hui, donc, le bonheur du jour ne fut ressenti, comme un tremblement de terre, que vers 17 heures trente. Avant, c'était plutôt couci-couça, l'humeur étant à la rébellion à toutes les activités manuelles qui ne me tentaient guère. 

Devant un feu, un verre de vin, un italien banal somme toute. Moi qui aime bien un vin en apéritif, il faudrait peut-être que je commence à me documenter sur les vins qui se servent sans accompagnement alimentaire. On ferme la parenthèse. 

Et lecture. Un roman de Louise Dupré. Émotion parce que j’ai aussi eu une tante qui fut « internée ». Si identification dans le sujet, pendant quelques pages, surtout admiration pour le style que je n’aurai jamais. même en me forçant. D'autant meilleur.

Voilà, c’est tout. 

La ruée vers l’or, émission qui se passait au Yukon en 2012, m'attend. Question de faire durer le plaisir. Deux semaines déjà que je suis revenue de cette lointaine région que j'ai beaucoup aimée, et je ne veux pas trop revenir à la normale, aux « il faut » trop rapidement.

mercredi 3 septembre 2014

Et pourtant...

Et pourtant... ce sont les derniers mots de mon manuscrit, des points de suspension qui laissent planer le doute, la menace, l’ombre ou au contraire, la synchronicité, synthèse de tout ce qui aura précédé. Possibilité d’une suite. Un troisième tome qui se sera pas plus "tome" que ce deuxième roman, cette sorte de suite aux Têtes rousses. Parce que monsieur le juge en a décidé ainsi dès notre première rencontre. Et pourtant… les tomes sont populaires. Trop risqué peut-être.

Six ans pour le premier, quatre pour celui-ci (et encore il n’est pas publié). Combien pour le troisième, si troisième il y a. Ce serait si facile de terminer par un point. Ne rien m’imposer, à moi si friande de liberté et si réfractaire aux obligations, surtout que je n’ai plus de patron ni de parents, donc plus de devoir-s.

Mais je sais que je laisserai ce « Et pourtant… » comme on dit au revoir et non adieu. Pour ne jamais fermer la porte, pour ne jamais dire c’est fini, pour défier la mort et la vie. Pour croire aux lendemains.

J’ai relu les derniers paragraphes et les premiers de chaque chapitre pour bien vérifier cette conclusion qui donne envie de revenir et cette transition qui donne envie de poursuivre. J'ai relié quelques chapitres pour un meilleur équilibre, oui, oui, monsieur le juge, avec transition. Pour les fins de chapitres, dosage délicat qui ne doit pas ressembler aux séries policières. Je ne veux pas les chutes Momorency, ni même une cascade bruyante, mais je sais bien que les rivières tranquilles, ça n’intéresse personne. À part moi, bien sûr, qui a passé l'âge des montagnes russes. Et pourtant, je viens de franchir le Yukon et l'Alaska, mais bon, pas rapport.

Commencée en avril dernier , la preuve un billet parmi quelques-uns >>>,  l’ai-je donc terminée cette refonte? Est-il prêt à partir, ce manuscrit? L’éditeur verra-t-il la différence? Est-elle suffisamment notable cette différence? Sera-t-il dans des dispositions pour accueillir ce manuscrit qui n’est toujours qu’un récit linéaire, seule demande que j’ai rejetée. Je n’ai pas le talent de mêler tous les événements, de les jeter sur le papier sans tenir compte des dates et qu’en plus, le lecteur s’y retrouve. Linéaire donc, c’est resté. Mais votre honneur, je jure que j’ai retravaillé tout le reste, que j’ai examiné point par point vos demandes, vos observations, vos annotations et que j’ai soigneusement, vaillamment, patiemment, courageusement tout révisé.

Alors pour cette rentrée littéraire de 2014 (c’est une rentrée, mais les livres sortent des imprimeries et des librairies, bof, qu’importe), puis-je vous poster mon manuscrit qui, j’espère sera de la prochaine rentrée, celle de 2015 ? Dites-oui, s’il vous plaît, votre honneur, monsieur le juge des romans!

Et pourtant… j’ai peur. Je doute, je me demande si je ne vais pas retarder encore. Attendre encore. Relire encore. Je suis toujours trop vite, on me l’a dit toute ma vie.

Et si… Quand on est attendue (mais sans contrat), c’est pire. Quand c’est le deuxième, c’est pire. Il y aura forcément comparaison, avec le premier roman publié, avec la version précédente du manuscrit. Mes parents mettaient leurs enfants sur un piédestal : tout ce que nous faisions, c’était toujours très bien, mais un éditeur n’est pas un parent. Pourtant, je me sens enfant, une petite fille devant son instituteur-juge-qui-aura-le-dernier-mot. Verra-t-il mes efforts? Verra-t-il que j’ai atteint mon maximum pour ce manuscrit? 

Et pourtant… je vais plonger, je le sens.

samedi 30 août 2014

Nous étions dans l'image

Raconter un voyage, ce n’est pas écrire un roman. Je le sais bien. Pourtant, comme le voyage est achevé, les photos choisies, traitées, le compte-rendu écrit, les factures réglées, les statistiques compilées, ma tête, elle, est déjà dans cet après qui suivra : la révision finale de mon manuscrit avant de l’envoyer à l’éditeur.

Alors pour vous présenter cette nouvelle page de mes voyages, j’hésite sur le style. Respecter la formule établie depuis le début, bien sûr. Comme plusieurs voyageurs, je n’ai jamais choisi le blogue pour parler de mes voyages, ce ne sont pas des billets rédigés presque quotidiennement. D’ailleurs, j’admire les voyageurs qui se disciplinent et qui, chaque soir, volent quelques heures à leur voyage pour parler de leur journée en plus de choisir leurs photos et de courir après une connexion Internet qui permet la publication de leurs efforts. Je préfère, par paresse ou par habitude, m’astreindre à ce « travail » à mon retour. 

Donc, une nouvelle page ajoutée à mon site de voyages, par là >>>

Mais le cœur déjà à l’écriture, l’esprit troublé par la lecture de La Memoria de Louise Dupré, j’ai envie de mots inspirants, de mots évocateurs. Avoir donc le goût de vous parler du Yukon et de l’Alaska comme une romancière. Comme personnage les deux voyageuses comblées, ravies que nous avons été. Sans intrigue autre que les impressions qui nous restent encore dans la nuit de nos rêves.

Nous n’avons pas tout vu, faute de temps, et avouons-le, faute d’intérêt : on ne marche plus comme à trente ans, on ne s’aventure pas sur les petites routes comme à vingt ans ou comme les intrépides Européens. Mais nous avons été très heureuses de nos choix bien sécuritaires.

Dire que le Yukon, finalement, est un peu différent de l’Alaska, même si on associe toujours les deux. Des montagnes moins hautes, des francophones plus nombreux, des épinettes moins rabougries. Surtout des routes vraiment moins bien entretenues, toujours en construction, en réparation, mais pas envie d’en chercher la cause... politique, économique sans doute. Qui a envie de penser politique en voyage, de partir un débat sur où les gouvernements mettent-ils leur argent? Sur les routes, donc un peu de stress parce qu’il en faut de la concentration pour conduire au bord des ravins, dans les montées et descentes étroites que sont certaines « pass », dans la brume parfois, mais si peu de véhicules sur la route que ça réduit la tension. Augmentée par contre quand on songe que nul réseau téléphonique ne vient assister les conducteurs. Mais les gens sont tellement gentils, qu’on sait qu’ils nous aideront en cas de pépins. Ce que nous n’avons pas eus. À part les nombreuses journées de pluie et de bruine, qui finalement font de beaux effets dans les photos!

Vous parler justement des gens, de leur gentillesse, leur accueil, leur sourire. Jamais je ne me suis sentie si bien à ma place en tant que touriste. Ils ont l’air vraiment content de nous voir, de nous parler, de nous aider, de nous renseigner. Malgré l’éloignement, la solitude, la fatigue, le travail, les heures d’ensoleillement, c’est l’été, le plaisir, une odeur de bonheur.

Et l’histoire. Quelle histoire! Nous avions lu Alaska de James Mitchener, mais là, ce n’était plus dans les livres, c’était en vrai. Souvent dans les musées, faute de pouvoir se rendre sur les lieux et surtout, dans le temps, mais les musées et les centres d’interprétation sont tellement bien documentés, les archives bien présentées, les films documentaires bien montés que ce fut de belles reconstitutions. Un monde à découvrir, du temps des mammouths, aux Tinglits, aux Russes, à l’insertion des renards, à la ruée vers l’or jusqu’à la réalité d’aujourd’hui, qu’elle, on pouvait voir et sentir.

En conclusion, s’il en faut une, les personnages que nous avons été, ont vécu dans l’image, ont vécu dans le roman et la tension dramatique était oubliée chaque soir devant le décor magnifique dressé devant nos yeux. Et le plaisir du caravaning, ce dont on ne s’est pas lassé malgré que ce n’était pas notre véhicule récréatif.

(Toutes les légendes de photos ne sont pas écrites, à venir, pendant les longues soirées d'hiver?)

lundi 25 août 2014

Ah! ce temps...

Bientôt les enfants seront en classe. Je ne me souviens pas avoir trouvé le temps trop court ou trop long quand j’étais élève. Quand donc commence-t-on à regarder le temps qui passe, à trouver qu’on n’en a pas assez?

En voyage, je vis beaucoup plus au présent, je n’essaie pas de tout vouloir faire la même journée. Je roule, je regarde, j’admire, je m’extasie, j’apprends, je photographie, j’écoute, je mange, je dors. Je maugrée un tout petit peu contre la température, mais n’y pouvant rien, je m’adapte et le sourire revient. Si j’étudie le trajet du lendemain, je pense quand même très peu. Je me laisse aller.

Depuis mon retour du Yukon et de l’Alaska, je me suis remise à penser et à regarder l’heure. Je veux tout faire en même temps. Non pas pour le rattraper, juste en jouir au maximum.
  • Être dehors parce qu’il fait beau et chaud.
  • Visionner, trier, traiter les 1,000 photos prises lors des 22 jours en terre du nord.
  • Lire mes notes, écrire un compte rendu du voyage pour publication sur mon site.
  • Réviser mon roman, alimenter mon blogue.
  • Examiner les factures, rentrer les chiffres dans mon fichier Excel, voir si on a dépassé les prévisions (c’est fait, on a dépassé de 300 $).
  • Aller en vélo.
  • Être au courant des romans qui sortiront en septembre.
Pas le temps de : 
  • Attendre que les logiciels s’ouvrent, penser à changer d’ordinateur ou l’envoyer nettoyer, ce qui serait encore perdre du temps.
  • Lire ou télécharger des livres. Aller à la bibliothèque sachant que je n’aurai pas le temps de lire les deux livres arrivés pendant mon voyage.
  • Cette année, ne pas participer à Nouvelles de Gatineau. Le concours se termine le 30 août. J’avais bien commencé un texte, mais il est nul.
  • Finir de tondre le gazon.
  • Préparer la fête annuelle des Vierges (deux membres de ma famille sont nées le 11 septembre)
  • Écrire un billet de blogue digne de ce nom.
  • Respirer… ah! si quand même.
Prendre au moins le temps de me parler, de calmer mon impatience, de me dire que je suis en vie et donc de le voir passer ce temps précieux, d’être reconnaissante d’avoir fait un si beau voyage et de me répéter que même si je courais, je ne le rattraperai jamais. Déjà de pouvoir en parler est un plaisir et une chance que tout le monde n’a pas. Alors je vais simplement le vivre, une minute, une heure, une journée à la fois.

Vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir.
Et être très émue en regardant la couleur du champ de maïs quand le soleil se lève ou se couche. Tout comme je l'ai été un certain matin très nuageux, annonciateur d'une autre journée pluvieuse, à Seward, Alaska, quand j'ai vu tout à coup un immense arc-en-ciel dans la montagne. L'espoir et le sourire sont revenus.

dimanche 27 juillet 2014

Jusques à quand?

En parallèle, je lis Oser écrire de Madeleine Chapsal et La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Quelques pages de l’un, quelques pages de l’autre. Comme si j’alternais entre un verre de vin blanc et un de rouge. Ou plutôt un shiraz et un bordeaux. J’aime les deux, je me délecte des deux. M'inspirent. Envie d’écrire, envie de copier. Le sujet du premier, le rythme du second. Je compare, évidemment, ma vie avec celle de la première et mon style avec le roman du second. Je ne serai jamais la première, je n’aurai jamais (peut-être que si, un peu) le style du second.

Et puis j’y retourne, sans comparer cette fois, juste pour faire plaisir à la lectrice, siamoise de l’auteure, que je suis, juste pour aimer sans jalousie, pour admirer sans me dire que je suis un écrivain raté. Peut-être moyen, mais pas raté. J’aurai au moins essayé, et réussi en partie. Comme à l’école, j’aurai eu la moyenne. Pas sur le podium des grands succès, mais pas la cancre qui aura décroché. J’ai toujours dit que le système d’évaluation à l’école ne favorisait pas l’estime de soi. Vous classe à vie. Vous stigmatise à vie. Laisse des traces comme une blessure narcissique.

Chose certaine, en commençant ce blogue, je croyais poursuivre sur la lancée du guide touristique produit pendant treize ans : parler des événements de ma région, des artistes, des créateurs de l'Outaouais en général et de la Petite-Nation en particulier. Je savais que je parlerais des livres, que je ne pourrais m’en empêcher, mais si je pensais écrire le résumé, donner mon avis sur le sujet, j’ai dévié. Trop pensum, trop dissertation. Comme bien d’autres, et très facilement, très plaisant, je suis tombée dans le subjectif, dans le « je ». Une fois que j’ai lu un livre, ou que je suis en train de lire, pas vraiment le goût du compte rendu. Seulement parler de l’empreinte laissée. En soulignant trois fois le fait qu’une personne qui essaie d’écrire, qui veut écrire et qui écrit ne lit pas comme les autres, on ne me fera jamais croire le contraire. Deux jumelles inséparables. C’est se regarder dans un miroir. Pas pour tomber amoureuse comme Narcisse, mais pour apprendre, pour évoluer, pour s’améliorer. Bref, comme l’évaluation devrait être dans les classes : une note par rapport à nos propres progrès, pas de moyenne, pas de percentile, pas de podium.

Se remet-on jamais de nos notes scolaires, de ce jugement sans appel qui nous marque à vie? Qui revient nous hanter — me hanter —  dès que je prends un crayon?
Et comme toute cicatrice, peut-on l’oublier, la circonstancier et finalement, en revenir et passer à autre chose? Ou s’évaluer autrement? Ou être fière de ce qu’on est même si on n’est pas la première, ou la plus, ou la plus comme?

L’autre côté de la médaille qui me réconforte : les «grands» écrivains mentionnent rarement leurs résultats scolaires. Et l’on disait que les meilleurs professeurs n’étaient pas forcément les premiers de classe puisqu’ils auront de la difficulté à comprendre que les étudiants ne comprennent pas aussi rapidement qu’eux. Reste à savoir si les bons professeurs font de bons écrivains!

Jusques à quand me tourmenteras-tu, chère adolescence? (J’ai toujours aimé — et abusé?— de Cicéron)

vendredi 25 juillet 2014

Deux ou trois petites choses

Il suffit parfois de deux ou trois choses anodines qui s’accumulent au fil des jours pour rendre le bonheur facile. Il suffit que rien ne vienne entacher le ciel bleu pendant deux ou trois jours pour que la joie demeure. Il suffit de deux ou trois petits plaisirs pour que le cœur s’enivre et chante son allégresse.

Donc, lire le matin, en prenant son café — la première gorgée, un vrai délice qui nous arrache un soupir et un ahhhh — sur la terrasse arrière, au soleil levant. Lire quelques pages de Oser écrire de Madeleine Chapsal et s’identifier complètement : moi aussi j’ai interviewé des personnes, moi aussi, j’ai publié ces rencontres dans un journal. Bon, ce n’était pas Jean-Paul Sartre ni Malraux, c’était un agriculteur de ma région, mais quand même, quel plaisir, quelle jouissance, chaque fois. Marie-Paule Villeneuve m’avait fait confiance, mais peu après son départ de La Terre de chez nous, on n’avait plus besoin de mes services. Mais, j’ai beaucoup aimé.
Lire « l’écriture est initiée par la jalousie », c’est comme se sentir comprise, jugée et pardonnée en même temps. Et si plus loin, je lis : « l’écriture est un acte d’identification », je sens que je fais partie de la confrérie : ce matin, j’ose m’identifier à Madeleine Chapsal, sauf pour la quantité de romans publiés!

Le midi, un pique-nique à Val-des-Bois. Question de voir deux-trois campings, dont un ouvert à l’année. Rêvasserie sur une vie possible dans ce genre de camping et de maison modulaire. Question aussi de voir cette municipalité presque orpheline, en mal d’identification sûrement, catapultée dans la MRC Papineau qui a dû aller chercher deux municipalités de la Lièvre pour satisfaire je ne sais trop quelle statistique. Sinon, nous aurions pu nous appeler MRC Petite-Nation. Bon, passons sur ces considérations hautement politiques auxquelles je ne comprends rien, ne m’y intéressant que très peu.

Retour par la Réserve Papineau-Labelle, un trésor de nature sauvage, à peine dénaturée par les chemins forestiers. Un parc, aux multiples entrées, qui relie, entre autres, la Lièvre (comprendre une région développée le long de la rivière du Lièvre) à ma bien-aimée Petite-Nation (comprendre une région développée le long de la rivière Petite-Nation).  Les castors s’en donnent à cœur joie, ce qui fait que les chemins sont souvent barrés, ce qui fut encore le cas. Il ne faut pas se fier au GPS qui s’y perd, ni au réseau téléphonique inexistant et très peu aux rares conducteurs qui s’y promènent. À vos risques. Ce n’était ni l’heure des cervidés ni celle des ours, mais la saison des framboises, oh! que oui. Les maringouins et mouches à chevreuil ne réussiront pas à troubler nos joyeuses chansons (qui ont aussi pour but de tenir les ours à distance au cas où). Deux ou trois arrêts pour les photos et collations du petit fruit rouge. Sans autre incident que des crevasses et des trous d’eau sur le chemin numéroté 25.

Arrivée dans la civilisation, à Saint-André-Avellin en pleine fête western, achats des premiers épis de maïs qui seront épluchés, bouillis et mangés dès le retour à la maison. Avant, un dernier plaisir : la cueillette de l’hebdomadaire panier de légumes biologiques d’une valeur de 20 $.

Après avoir déballé et rangé nos trésors, nous nous offrons un verre de vin blanc en préparant la salade de tomates, haricots, concombres, et nous soupons sur notre terrasse arrière, là où tout a commencé le matin de cette belle journée.

En réalisant, une fois de plus, qu’il suffit parfois de deux ou trois petits plaisirs pour trouver que la vie est belle et que j'en rends grâce... en l'écrivant bien sûr puisque « Un écrivain demeure en écriture même quand il n'écrit pas, le jour, la nuit, sans arrêt », dixit Madeleine Chapsal.

(photos de l'auteur: lac L'Escalier à Bowman, framboises dans le parc Papineau-Labelle)

vendredi 18 juillet 2014

Un amour qui date de quarante ans


Je l’ai connu un jour chaud de juillet. Tout de suite je l’ai aimé. J’ai aimé son lac, ses rivières, ses méandres, ses chutes, ses cascades. J’ai aimé ses bruits, ses silences, la brume du matin, les soirs frisquets.
Je l’ai connu en automne, en hiver, j’ai aimé toutes les odeurs de chaque saison, du feu de camp aux petits matins de feuilles humides.
J’y ai rencontré des chevreuils, parfois l’orignal et son petit, et une fois un ours.
Je l’ai parcouru en canot, en raquettes, en ski de fond, à pied, à vélo. J’ai sué, je m’y suis baignée. J’ai visité tous les coins, toutes les aires, tous les belvédères. J’ai tout admiré, tout aimé.
Je m’y suis rendue avec une vieille Aspen, la fenêtre arrière a même éclaté sur la route d’entrée. Je m’y suis rendue en vélo moteur, en caravane portée, en motorisé.

J’ai couché au bord des lacs, au milieu de la forêt. En tentes, en tente-roulotte, en véhicule récréatif. Parfois une journée, parfois un week-end, et quelquefois deux semaines.
J’ai connu le temps des conférences le samedi soir, le temps des concessions de casse-croûte, le temps des tables déplacées, de la musique tard le soir, des voisins trop proches, des enfants mal élevés, des motos pétaradantes. Je l’ai boudé pendant un temps pour ces excès.
Je l’ai traversé de l’est à l’ouest, du nord au sud. J’ai visité chaque secteur.

J’ai connu le temps de la pêche gratuite, des quotas dépassés, de l’ensemencement des lacs, des truites cuites sur le feu.
J’ai vu s’élever tous les bâtiments, du plus petit au dernier, le Centre de la découverte. Je ne comprends pas pourquoi tant de bâtiments, la plupart trop grands, souvent vides.
J’ai apprécié la piste cyclable aménagée en boucle autour du lac.


J’ai vu passer la mode du camping rustique, sans eau, sans électricité, toilette chimique au camping avec services, les huttopia, les chalets et le tout dernier-né le chalet EXP (dernière photo de l'album). J’ai vu les tentes plantées sur le sable avec vue sur l’eau, j’ai vu les cordes pour sauver les berges. J’ai vu les emplacements reculer, s’enfoncer dans le bois, loin de tout. J’ai vu plusieurs aires de camping fermées pour bâtir le Centre de la découverte. Dont mon emplacement préféré, le Timbale numéro 3 qui offrait intimité et une belle vue sur le lac. Une vue que Louise-l’artiste a peint si souvent, à ses débuts. Elle aussi l’a beaucoup aimé. Au point où, pour le centenaire, elle offrait d’y organiser une exposition de tableaux inspirés du lieu. Comme les peintres de la Norditude avaient exposé au parc des Grands jardins. Fin de non-recevoir. Dommage, c’aurait été un bel hommage.

J’ai chialé, j’ai rouspété contre la hausse des prix, je l’ai déserté, j’y ai été infidèle, puis j’y suis retournée. Je me suis adaptée.
Je l’aime encore pour ses cours d’eau, pour ses sentiers, pour la nature.
Je l’aime pour ce qu’il me procure. Je l’aime parce que j’y suis bien.
Depuis plus de quarante ans, j’ai le bonheur facile au parc du Mont-Tremblant.

(photos de l'auteur au parc du Mont-Tremblant; tableau de Louise Falstrault)

samedi 12 juillet 2014

Du vin et du lait

Dans ma tête, je note des phrases toute la journée et parfois la nuit aussi. Je croyais rêver de plus en plus en images, mais pas ces jours-ci, le bélier en moi remonte à la surface avec sa furie de tout vouloir faire en même temps :

Écrire
Lire
Chercher le prochain livre à lire
Lire l’auteur-e recommandé-e par tel autre (très tendance ce genre de bibliographie à la fin d’un roman : les titres qui ont inspiré l’auteur)
Préparer le prochain voyage
Appeler pour renouveler des assurances, pour réserver un camping
Tondre le gazon
Pédaler quelques kilomètres
Acheter quelques vêtements appropriés à un anniversaire de mariage
Écrire un courriel à une amie en lui racontant ma dernière escapade
Écrire sur ce que j’ai lu ou ce que le livre m’a inspiré
Écrire les phrases qui me sont venues pendant que je tondais le gazon
Je dois me faire violence pour rester dehors parce qu’il fait beau. 
Ne pas oublier de manger
Ne pas oublier la brassée dans la sécheuse
Lâcher un verre à laver pour aller noter une idée
Noter de ne pas oublier nos bâtons de marche pour le prochain voyage
La pleine lune et les phrases m’empêchent de dormir

Il n’y a que lorsque je parle que je ne fais pas de phrases! Des phrases que je n’écrirai pas, je veux dire.
À 16 heures, je suis épuisée de toutes ces phrases qui tourbillonnent, les courtes, les longues. Ne pas m’en faire si les ordinaires s’envolent, mais penser à écrire les plus belles, les inspirées. Les classer : vont-elles dans mon roman, dans une nouvelle, dans un billet ou aux poubelles de l’oubli?

Ce qui m’épuise, ce n’est pas de freiner toutes ces phrases qui se bousculent au portillon de mon cerveau, c’est de trouver le temps de les écrire. Penser, ça se fait vite, en silence, personne ne sait à quoi vous pensez. J’ai l’air de pédaler, j’ai l’air de laver la vaisselle, j’ai l’air de chercher un symbole pour des armoiries familiales, j’ai même l’air de lire, mais en fait, je ne pense qu’à la prochaine scène entre Léopold et Diane. Et même quand je crois ne pas penser, je pense quand même.

Le pire, c’est que je crois bien que c’est ce que j’ai fait toute ma vie : écrire ma vie au lieu de la vivre. Déjà à treize ans quand mes parents m’ont offert un cahier au dessus cartonné rouge. Déjà à quinze ans quand j’échangeais avec une copine ce qu’on osait appeler des poèmes. Déjà à 18 ans quand je lisais Mathieu de Françoise Loranger. Déjà en lisant tout ce qui me tombait sur la main où il était question de philosophie, déjà, en parallèle, en marge, toujours des phrases sur le sens de la vie.

Parlant philosophie, hier, il y eut course aux beaux vêtements pour une fête prochaine. Cherche la bonne grandeur, les couleurs qui te vont bien, mais non, ce motif ne va pas avec celui-là, ni le rouge avec le turquoise ni le nylon avec ce coton et surtout le prix ne va pas avec mon budget. Pour me récompenser de ce magasinage qui s’allonge, de cette impatience qui pointe, je me suis fait réellement plaisir : j’ai acheté un livre. Recommencements d’Hélène Dorion. Évidemment, je l’ai commencé dans l’heure qui me ramenait à la maison. Évidemment, j’aime. Évidemment, des phrases ont commencé à virevolter comme des mouches au-dessus d’une tête fraîchement lavée. Évidemment, je bois ses phrases comme un vin millésimé, en comparant les miennes à du petit lait.

Si j’ai lutté pendant quelques années contre cette dépendance, que j’ai commencé et recommencé des jeûnes de phrases, j’ai fini par renoncer, je suis intoxiquée à jamais. Ça revient chaque fois. 

Souffrez que j’en échappe quelques-unes, ici, quand ça déborde!

mardi 1 juillet 2014

Encore une

Manuscrit version juillet 2014
Les incohérences : corrigées.
La concordance des temps : verbes corrigés. Merci SB et MB.
La fin des chapitres : ajout de petite phrase punchée pour donner envie de poursuivre.
Les ruptures de construction que la réviseuse a eu l’amabilité de noter : revues et corrigées.
Les dialogues qui manquent de naturel : revus et améliorés. Merci Gen ! (voir son billet >>> ) et BR.
La surabondance de détails : j’en ai enlevé, avec un petit pincement au cœur puisque ça veut dire effacer des heures de recherche et des notes judicieusement choisies. Les amateurs de généalogie pourront me contacter.
L’orthographe des prénoms : uniformisée
Les titres de chapitres : tous disparus pour un meilleur enchaînement et éviter l’impression d’une coupure dans le temps. Moi j’aimais bien. Oui, le lecteur pouvait avoir l’impression de tourner les pages d’un album photo. Et alors ? Chaque chapitre était comme une mini-nouvelle. L’est toujours quant à moi.

Intrigue, surprises et dénouement pour que ce soit un roman et non un récit. Peu m’importe l’étiquette, si ça se lit bien, si c’est intéressant, pourquoi tout manuscrit, en 2014, au Québec, doit-il répondre à des règles dictées par l’éditeur ? Répondre à une structure établie par je ne sais quel universitaire ou académicien ? Question de plaire au plus grand nombre de lecteurs ?

J’ai quand même cherché une autre structure, j’ai longuement pensé, cogité, voulu, essayé de trouver des surprises, des rebondissements, mais je n’aime pas les livres policiers, les histoires à intrigues, les secrets à dévoiler. Je n’aime pas en lire alors forcément, je ne pense à en écrire. Lire le billet précédent à ce sujet >>>

Je préfère des émotions, des impressions, des questions plutôt que de l’action, des descriptions.

Quant à changer le linéaire du récit, même si j’en ai ramé un coup à lire La marche en forêt et Le mur mitoyen de Catherine Leroux, et que, donc, j’ai bien admiré les nombreux va-et-vient dans les événements qui n’ont pas de repères datés, jamais je ne pourrais utiliser ce procédé. D’abord j’aurais l’air d’avoir copié et surtout, il faudrait que je reconstruise toute l’histoire pour qu’elle se tienne. Les trois lectrices qui ont lu mon manuscrit ont bien aimé ma ligne chronologique-pas-originale. Et moi aussi, bien sûr. Pas parce que c’est plus facile, seulement parce qu’en tant que lectrice, je ne veux pas toujours me casser la tête. Petite lecture d'été, il en faut.

Rythme : varier les types de phrases, des binaires, des ternaires, des courtes, des complexes, des relatives, une accumulation, une progression. Me semble que j’avais tout ça. Ai revu, en ai ajouté, ai accentué le rythme. Ai-je réussi ?

Bref, on pense que tout est acquis depuis le temps qu’on écrit. Eh bien non! Surtout que j’ai écrit beaucoup plus court que long dans ma vie d’écrivaine. Alors, je suis retournée en classe, ai relu les notes prises lors de l’atelier d’écriture à Mont-Laurier, j’ai fouillé sur des sites pour savoir de quoi était vraiment fait le roman. Suis retournée à l'académique, au conformisme, aux règles, ce que j'ai toujours détesté, mais quand je cesse d’être rebelle, que j’essaie d’être patiente, ce qui m’arrive à l’occasion, je deviens studieuse et appliquée.

Si je ne sais pas me vendre, si je ne réussis pas à convaincre un éditeur de mes choix, aussi bien avoir un bon produit qui leur plaise. Même si je dois, à mon sens, perdre mon temps. Si je ne prends pas plaisir à cette obstination dans l’effort, au moins, j’ai plaisir à chercher, à débusquer, à trouver. Et quand l’éditeur me signifiera enfin son accord et que j’entendrai « oui, on publie », la victoire me fera oublier toutes mes insubordinations... et ce billet.

Alors un autre tour de piste, une nième version.