lundi 25 août 2014

Ah! ce temps...

Bientôt les enfants seront en classe. Je ne me souviens pas avoir trouvé le temps trop court ou trop long quand j’étais élève. Quand donc commence-t-on à regarder le temps qui passe, à trouver qu’on n’en a pas assez?

En voyage, je vis beaucoup plus au présent, je n’essaie pas de tout vouloir faire la même journée. Je roule, je regarde, j’admire, je m’extasie, j’apprends, je photographie, j’écoute, je mange, je dors. Je maugrée un tout petit peu contre la température, mais n’y pouvant rien, je m’adapte et le sourire revient. Si j’étudie le trajet du lendemain, je pense quand même très peu. Je me laisse aller.

Depuis mon retour du Yukon et de l’Alaska, je me suis remise à penser et à regarder l’heure. Je veux tout faire en même temps. Non pas pour le rattraper, juste en jouir au maximum.
  • Être dehors parce qu’il fait beau et chaud.
  • Visionner, trier, traiter les 1,000 photos prises lors des 22 jours en terre du nord.
  • Lire mes notes, écrire un compte rendu du voyage pour publication sur mon site.
  • Réviser mon roman, alimenter mon blogue.
  • Examiner les factures, rentrer les chiffres dans mon fichier Excel, voir si on a dépassé les prévisions (c’est fait, on a dépassé de 300 $).
  • Aller en vélo.
  • Être au courant des romans qui sortiront en septembre.
Pas le temps de : 
  • Attendre que les logiciels s’ouvrent, penser à changer d’ordinateur ou l’envoyer nettoyer, ce qui serait encore perdre du temps.
  • Lire ou télécharger des livres. Aller à la bibliothèque sachant que je n’aurai pas le temps de lire les deux livres arrivés pendant mon voyage.
  • Cette année, ne pas participer à Nouvelles de Gatineau. Le concours se termine le 30 août. J’avais bien commencé un texte, mais il est nul.
  • Finir de tondre le gazon.
  • Préparer la fête annuelle des Vierges (deux membres de ma famille sont nées le 11 septembre)
  • Écrire un billet de blogue digne de ce nom.
  • Respirer… ah! si quand même.
Prendre au moins le temps de me parler, de calmer mon impatience, de me dire que je suis en vie et donc de le voir passer ce temps précieux, d’être reconnaissante d’avoir fait un si beau voyage et de me répéter que même si je courais, je ne le rattraperai jamais. Déjà de pouvoir en parler est un plaisir et une chance que tout le monde n’a pas. Alors je vais simplement le vivre, une minute, une heure, une journée à la fois.

Vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir.
Et être très émue en regardant la couleur du champ de maïs quand le soleil se lève ou se couche. Tout comme je l'ai été un certain matin très nuageux, annonciateur d'une autre journée pluvieuse, à Seward, Alaska, quand j'ai vu tout à coup un immense arc-en-ciel dans la montagne. L'espoir et le sourire sont revenus.

dimanche 27 juillet 2014

Jusques à quand?

En parallèle, je lis Oser écrire de Madeleine Chapsal et La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Quelques pages de l’un, quelques pages de l’autre. Comme si j’alternais entre un verre de vin blanc et un de rouge. Ou plutôt un shiraz et un bordeaux. J’aime les deux, je me délecte des deux. M'inspirent. Envie d’écrire, envie de copier. Le sujet du premier, le rythme du second. Je compare, évidemment, ma vie avec celle de la première et mon style avec le roman du second. Je ne serai jamais la première, je n’aurai jamais (peut-être que si, un peu) le style du second.

Et puis j’y retourne, sans comparer cette fois, juste pour faire plaisir à la lectrice, siamoise de l’auteure, que je suis, juste pour aimer sans jalousie, pour admirer sans me dire que je suis un écrivain raté. Peut-être moyen, mais pas raté. J’aurai au moins essayé, et réussi en partie. Comme à l’école, j’aurai eu la moyenne. Pas sur le podium des grands succès, mais pas la cancre qui aura décroché. J’ai toujours dit que le système d’évaluation à l’école ne favorisait pas l’estime de soi. Vous classe à vie. Vous stigmatise à vie. Laisse des traces comme une blessure narcissique.

Chose certaine, en commençant ce blogue, je croyais poursuivre sur la lancée du guide touristique produit pendant treize ans : parler des événements de ma région, des artistes, des créateurs de l'Outaouais en général et de la Petite-Nation en particulier. Je savais que je parlerais des livres, que je ne pourrais m’en empêcher, mais si je pensais écrire le résumé, donner mon avis sur le sujet, j’ai dévié. Trop pensum, trop dissertation. Comme bien d’autres, et très facilement, très plaisant, je suis tombée dans le subjectif, dans le « je ». Une fois que j’ai lu un livre, ou que je suis en train de lire, pas vraiment le goût du compte rendu. Seulement parler de l’empreinte laissée. En soulignant trois fois le fait qu’une personne qui essaie d’écrire, qui veut écrire et qui écrit ne lit pas comme les autres, on ne me fera jamais croire le contraire. Deux jumelles inséparables. C’est se regarder dans un miroir. Pas pour tomber amoureuse comme Narcisse, mais pour apprendre, pour évoluer, pour s’améliorer. Bref, comme l’évaluation devrait être dans les classes : une note par rapport à nos propres progrès, pas de moyenne, pas de percentile, pas de podium.

Se remet-on jamais de nos notes scolaires, de ce jugement sans appel qui nous marque à vie? Qui revient nous hanter — me hanter —  dès que je prends un crayon?
Et comme toute cicatrice, peut-on l’oublier, la circonstancier et finalement, en revenir et passer à autre chose? Ou s’évaluer autrement? Ou être fière de ce qu’on est même si on n’est pas la première, ou la plus, ou la plus comme?

L’autre côté de la médaille qui me réconforte : les «grands» écrivains mentionnent rarement leurs résultats scolaires. Et l’on disait que les meilleurs professeurs n’étaient pas forcément les premiers de classe puisqu’ils auront de la difficulté à comprendre que les étudiants ne comprennent pas aussi rapidement qu’eux. Reste à savoir si les bons professeurs font de bons écrivains!

Jusques à quand me tourmenteras-tu, chère adolescence? (J’ai toujours aimé — et abusé?— de Cicéron)

vendredi 25 juillet 2014

Deux ou trois petites choses

Il suffit parfois de deux ou trois choses anodines qui s’accumulent au fil des jours pour rendre le bonheur facile. Il suffit que rien ne vienne entacher le ciel bleu pendant deux ou trois jours pour que la joie demeure. Il suffit de deux ou trois petits plaisirs pour que le cœur s’enivre et chante son allégresse.

Donc, lire le matin, en prenant son café — la première gorgée, un vrai délice qui nous arrache un soupir et un ahhhh — sur la terrasse arrière, au soleil levant. Lire quelques pages de Oser écrire de Madeleine Chapsal et s’identifier complètement : moi aussi j’ai interviewé des personnes, moi aussi, j’ai publié ces rencontres dans un journal. Bon, ce n’était pas Jean-Paul Sartre ni Malraux, c’était un agriculteur de ma région, mais quand même, quel plaisir, quelle jouissance, chaque fois. Marie-Paule Villeneuve m’avait fait confiance, mais peu après son départ de La Terre de chez nous, on n’avait plus besoin de mes services. Mais, j’ai beaucoup aimé.
Lire « l’écriture est initiée par la jalousie », c’est comme se sentir comprise, jugée et pardonnée en même temps. Et si plus loin, je lis : « l’écriture est un acte d’identification », je sens que je fais partie de la confrérie : ce matin, j’ose m’identifier à Madeleine Chapsal, sauf pour la quantité de romans publiés!

Le midi, un pique-nique à Val-des-Bois. Question de voir deux-trois campings, dont un ouvert à l’année. Rêvasserie sur une vie possible dans ce genre de camping et de maison modulaire. Question aussi de voir cette municipalité presque orpheline, en mal d’identification sûrement, catapultée dans la MRC Papineau qui a dû aller chercher deux municipalités de la Lièvre pour satisfaire je ne sais trop quelle statistique. Sinon, nous aurions pu nous appeler MRC Petite-Nation. Bon, passons sur ces considérations hautement politiques auxquelles je ne comprends rien, ne m’y intéressant que très peu.

Retour par la Réserve Papineau-Labelle, un trésor de nature sauvage, à peine dénaturée par les chemins forestiers. Un parc, aux multiples entrées, qui relie, entre autres, la Lièvre (comprendre une région développée le long de la rivière du Lièvre) à ma bien-aimée Petite-Nation (comprendre une région développée le long de la rivière Petite-Nation).  Les castors s’en donnent à cœur joie, ce qui fait que les chemins sont souvent barrés, ce qui fut encore le cas. Il ne faut pas se fier au GPS qui s’y perd, ni au réseau téléphonique inexistant et très peu aux rares conducteurs qui s’y promènent. À vos risques. Ce n’était ni l’heure des cervidés ni celle des ours, mais la saison des framboises, oh! que oui. Les maringouins et mouches à chevreuil ne réussiront pas à troubler nos joyeuses chansons (qui ont aussi pour but de tenir les ours à distance au cas où). Deux ou trois arrêts pour les photos et collations du petit fruit rouge. Sans autre incident que des crevasses et des trous d’eau sur le chemin numéroté 25.

Arrivée dans la civilisation, à Saint-André-Avellin en pleine fête western, achats des premiers épis de maïs qui seront épluchés, bouillis et mangés dès le retour à la maison. Avant, un dernier plaisir : la cueillette de l’hebdomadaire panier de légumes biologiques d’une valeur de 20 $.

Après avoir déballé et rangé nos trésors, nous nous offrons un verre de vin blanc en préparant la salade de tomates, haricots, concombres, et nous soupons sur notre terrasse arrière, là où tout a commencé le matin de cette belle journée.

En réalisant, une fois de plus, qu’il suffit parfois de deux ou trois petits plaisirs pour trouver que la vie est belle et que j'en rends grâce... en l'écrivant bien sûr puisque « Un écrivain demeure en écriture même quand il n'écrit pas, le jour, la nuit, sans arrêt », dixit Madeleine Chapsal.

(photos de l'auteur: lac L'Escalier à Bowman, framboises dans le parc Papineau-Labelle)

vendredi 18 juillet 2014

Un amour qui date de quarante ans


Je l’ai connu un jour chaud de juillet. Tout de suite je l’ai aimé. J’ai aimé son lac, ses rivières, ses méandres, ses chutes, ses cascades. J’ai aimé ses bruits, ses silences, la brume du matin, les soirs frisquets.
Je l’ai connu en automne, en hiver, j’ai aimé toutes les odeurs de chaque saison, du feu de camp aux petits matins de feuilles humides.
J’y ai rencontré des chevreuils, parfois l’orignal et son petit, et une fois un ours.
Je l’ai parcouru en canot, en raquettes, en ski de fond, à pied, à vélo. J’ai sué, je m’y suis baignée. J’ai visité tous les coins, toutes les aires, tous les belvédères. J’ai tout admiré, tout aimé.
Je m’y suis rendue avec une vieille Aspen, la fenêtre arrière a même éclaté sur la route d’entrée. Je m’y suis rendue en vélo moteur, en caravane portée, en motorisé.

J’ai couché au bord des lacs, au milieu de la forêt. En tentes, en tente-roulotte, en véhicule récréatif. Parfois une journée, parfois un week-end, et quelquefois deux semaines.
J’ai connu le temps des conférences le samedi soir, le temps des concessions de casse-croûte, le temps des tables déplacées, de la musique tard le soir, des voisins trop proches, des enfants mal élevés, des motos pétaradantes. Je l’ai boudé pendant un temps pour ces excès.
Je l’ai traversé de l’est à l’ouest, du nord au sud. J’ai visité chaque secteur.

J’ai connu le temps de la pêche gratuite, des quotas dépassés, de l’ensemencement des lacs, des truites cuites sur le feu.
J’ai vu s’élever tous les bâtiments, du plus petit au dernier, le Centre de la découverte. Je ne comprends pas pourquoi tant de bâtiments, la plupart trop grands, souvent vides.
J’ai apprécié la piste cyclable aménagée en boucle autour du lac.


J’ai vu passer la mode du camping rustique, sans eau, sans électricité, toilette chimique au camping avec services, les huttopia, les chalets et le tout dernier-né le chalet EXP (dernière photo de l'album). J’ai vu les tentes plantées sur le sable avec vue sur l’eau, j’ai vu les cordes pour sauver les berges. J’ai vu les emplacements reculer, s’enfoncer dans le bois, loin de tout. J’ai vu plusieurs aires de camping fermées pour bâtir le Centre de la découverte. Dont mon emplacement préféré, le Timbale numéro 3 qui offrait intimité et une belle vue sur le lac. Une vue que Louise-l’artiste a peint si souvent, à ses débuts. Elle aussi l’a beaucoup aimé. Au point où, pour le centenaire, elle offrait d’y organiser une exposition de tableaux inspirés du lieu. Comme les peintres de la Norditude avaient exposé au parc des Grands jardins. Fin de non-recevoir. Dommage, c’aurait été un bel hommage.

J’ai chialé, j’ai rouspété contre la hausse des prix, je l’ai déserté, j’y ai été infidèle, puis j’y suis retournée. Je me suis adaptée.
Je l’aime encore pour ses cours d’eau, pour ses sentiers, pour la nature.
Je l’aime pour ce qu’il me procure. Je l’aime parce que j’y suis bien.
Depuis plus de quarante ans, j’ai le bonheur facile au parc du Mont-Tremblant.

(photos de l'auteur au parc du Mont-Tremblant; tableau de Louise Falstrault)

samedi 12 juillet 2014

Du vin et du lait

Dans ma tête, je note des phrases toute la journée et parfois la nuit aussi. Je croyais rêver de plus en plus en images, mais pas ces jours-ci, le bélier en moi remonte à la surface avec sa furie de tout vouloir faire en même temps :

Écrire
Lire
Chercher le prochain livre à lire
Lire l’auteur-e recommandé-e par tel autre (très tendance ce genre de bibliographie à la fin d’un roman : les titres qui ont inspiré l’auteur)
Préparer le prochain voyage
Appeler pour renouveler des assurances, pour réserver un camping
Tondre le gazon
Pédaler quelques kilomètres
Acheter quelques vêtements appropriés à un anniversaire de mariage
Écrire un courriel à une amie en lui racontant ma dernière escapade
Écrire sur ce que j’ai lu ou ce que le livre m’a inspiré
Écrire les phrases qui me sont venues pendant que je tondais le gazon
Je dois me faire violence pour rester dehors parce qu’il fait beau. 
Ne pas oublier de manger
Ne pas oublier la brassée dans la sécheuse
Lâcher un verre à laver pour aller noter une idée
Noter de ne pas oublier nos bâtons de marche pour le prochain voyage
La pleine lune et les phrases m’empêchent de dormir

Il n’y a que lorsque je parle que je ne fais pas de phrases! Des phrases que je n’écrirai pas, je veux dire.
À 16 heures, je suis épuisée de toutes ces phrases qui tourbillonnent, les courtes, les longues. Ne pas m’en faire si les ordinaires s’envolent, mais penser à écrire les plus belles, les inspirées. Les classer : vont-elles dans mon roman, dans une nouvelle, dans un billet ou aux poubelles de l’oubli?

Ce qui m’épuise, ce n’est pas de freiner toutes ces phrases qui se bousculent au portillon de mon cerveau, c’est de trouver le temps de les écrire. Penser, ça se fait vite, en silence, personne ne sait à quoi vous pensez. J’ai l’air de pédaler, j’ai l’air de laver la vaisselle, j’ai l’air de chercher un symbole pour des armoiries familiales, j’ai même l’air de lire, mais en fait, je ne pense qu’à la prochaine scène entre Léopold et Diane. Et même quand je crois ne pas penser, je pense quand même.

Le pire, c’est que je crois bien que c’est ce que j’ai fait toute ma vie : écrire ma vie au lieu de la vivre. Déjà à treize ans quand mes parents m’ont offert un cahier au dessus cartonné rouge. Déjà à quinze ans quand j’échangeais avec une copine ce qu’on osait appeler des poèmes. Déjà à 18 ans quand je lisais Mathieu de Françoise Loranger. Déjà en lisant tout ce qui me tombait sur la main où il était question de philosophie, déjà, en parallèle, en marge, toujours des phrases sur le sens de la vie.

Parlant philosophie, hier, il y eut course aux beaux vêtements pour une fête prochaine. Cherche la bonne grandeur, les couleurs qui te vont bien, mais non, ce motif ne va pas avec celui-là, ni le rouge avec le turquoise ni le nylon avec ce coton et surtout le prix ne va pas avec mon budget. Pour me récompenser de ce magasinage qui s’allonge, de cette impatience qui pointe, je me suis fait réellement plaisir : j’ai acheté un livre. Recommencements d’Hélène Dorion. Évidemment, je l’ai commencé dans l’heure qui me ramenait à la maison. Évidemment, j’aime. Évidemment, des phrases ont commencé à virevolter comme des mouches au-dessus d’une tête fraîchement lavée. Évidemment, je bois ses phrases comme un vin millésimé, en comparant les miennes à du petit lait.

Si j’ai lutté pendant quelques années contre cette dépendance, que j’ai commencé et recommencé des jeûnes de phrases, j’ai fini par renoncer, je suis intoxiquée à jamais. Ça revient chaque fois. 

Souffrez que j’en échappe quelques-unes, ici, quand ça déborde!

mardi 1 juillet 2014

Encore une

Manuscrit version juillet 2014
Les incohérences : corrigées.
La concordance des temps : verbes corrigés. Merci SB et MB.
La fin des chapitres : ajout de petite phrase punchée pour donner envie de poursuivre.
Les ruptures de construction que la réviseuse a eu l’amabilité de noter : revues et corrigées.
Les dialogues qui manquent de naturel : revus et améliorés. Merci Gen ! (voir son billet >>> ) et BR.
La surabondance de détails : j’en ai enlevé, avec un petit pincement au cœur puisque ça veut dire effacer des heures de recherche et des notes judicieusement choisies. Les amateurs de généalogie pourront me contacter.
L’orthographe des prénoms : uniformisée
Les titres de chapitres : tous disparus pour un meilleur enchaînement et éviter l’impression d’une coupure dans le temps. Moi j’aimais bien. Oui, le lecteur pouvait avoir l’impression de tourner les pages d’un album photo. Et alors ? Chaque chapitre était comme une mini-nouvelle. L’est toujours quant à moi.

Intrigue, surprises et dénouement pour que ce soit un roman et non un récit. Peu m’importe l’étiquette, si ça se lit bien, si c’est intéressant, pourquoi tout manuscrit, en 2014, au Québec, doit-il répondre à des règles dictées par l’éditeur ? Répondre à une structure établie par je ne sais quel universitaire ou académicien ? Question de plaire au plus grand nombre de lecteurs ?

J’ai quand même cherché une autre structure, j’ai longuement pensé, cogité, voulu, essayé de trouver des surprises, des rebondissements, mais je n’aime pas les livres policiers, les histoires à intrigues, les secrets à dévoiler. Je n’aime pas en lire alors forcément, je ne pense à en écrire. Lire le billet précédent à ce sujet >>>

Je préfère des émotions, des impressions, des questions plutôt que de l’action, des descriptions.

Quant à changer le linéaire du récit, même si j’en ai ramé un coup à lire La marche en forêt et Le mur mitoyen de Catherine Leroux, et que, donc, j’ai bien admiré les nombreux va-et-vient dans les événements qui n’ont pas de repères datés, jamais je ne pourrais utiliser ce procédé. D’abord j’aurais l’air d’avoir copié et surtout, il faudrait que je reconstruise toute l’histoire pour qu’elle se tienne. Les trois lectrices qui ont lu mon manuscrit ont bien aimé ma ligne chronologique-pas-originale. Et moi aussi, bien sûr. Pas parce que c’est plus facile, seulement parce qu’en tant que lectrice, je ne veux pas toujours me casser la tête. Petite lecture d'été, il en faut.

Rythme : varier les types de phrases, des binaires, des ternaires, des courtes, des complexes, des relatives, une accumulation, une progression. Me semble que j’avais tout ça. Ai revu, en ai ajouté, ai accentué le rythme. Ai-je réussi ?

Bref, on pense que tout est acquis depuis le temps qu’on écrit. Eh bien non! Surtout que j’ai écrit beaucoup plus court que long dans ma vie d’écrivaine. Alors, je suis retournée en classe, ai relu les notes prises lors de l’atelier d’écriture à Mont-Laurier, j’ai fouillé sur des sites pour savoir de quoi était vraiment fait le roman. Suis retournée à l'académique, au conformisme, aux règles, ce que j'ai toujours détesté, mais quand je cesse d’être rebelle, que j’essaie d’être patiente, ce qui m’arrive à l’occasion, je deviens studieuse et appliquée.

Si je ne sais pas me vendre, si je ne réussis pas à convaincre un éditeur de mes choix, aussi bien avoir un bon produit qui leur plaise. Même si je dois, à mon sens, perdre mon temps. Si je ne prends pas plaisir à cette obstination dans l’effort, au moins, j’ai plaisir à chercher, à débusquer, à trouver. Et quand l’éditeur me signifiera enfin son accord et que j’entendrai « oui, on publie », la victoire me fera oublier toutes mes insubordinations... et ce billet.

Alors un autre tour de piste, une nième version.

dimanche 29 juin 2014

C'est le dernier, que je me dis chaque fois

Dites-moi ce que vous lisez, je vous dirai ce que vous aimez écrire.
Dites-moi ce que vous aimez écrire et je vais vous dire chez quel éditeur publier.

Lecture dans le sud, l'hiver dernier.
La semaine dernière, je lisais L’album multicolore et Tout comme elle de Louise Dupré. Les deux avec un égal bonheur. J’ai lu tous les mots, toutes les pages. À la fin, j’ai dit « Pas déjà fini ». J’en prendrais encore. 

Cette semaine, j’ai commencé La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Un roman publié en 2012. J’en avais lu du bien et du moins bien, j’hésitais donc. Comme souvent, je lis ce qu’on en dit, je cherche à connaître l’auteur, je feuillette en librairie. Finalement, je l’ai fait venir à la bibliothèque. Une fois en main, je pris plaisir à m’asseoir sur ma galerie arrière, à l’ombre. Je plongeai. Facilement, rapidement, goulûment. Évidemment, un écrivain devant la page blanche, incapable d’écrire après un énorme succès et la belle vie, c’est sûr que je lisais, très intéressée. Sans m’identifier puisque je n’ai jamais été célèbre !

Jusqu’à la page 63, j’ai réussi à ne pas penser à mes propres écrits. Comme c’est une histoire quasi-policière avec des morts, un suspect, des questions, un héros sauveur, une victime innocente, m’arriva ce qui devait m’arriver : je voulais tout de suite savoir, alors j’ai sauté à la table des matières, j’ai lu l’épilogue, suis revenue un peu en arrière au chapitre :  La vérité sur l’Affaire (pourquoi un A majuscule ?) Harry Quebert, page 514. Et voilà j’ai eu mes réponses. Le reste ne m’intéressait plus.

Pourquoi j’en parle, parce que c’est le genre de livre qui se vend, le genre d’histoire que la majorité des lecteurs aime bien, le genre de bouquin dont les éditeurs raffolent. À preuve, il a été traduit en je ne sais plus combien de langues, vendu à je ne sais plus combien de milliers d’exemplaires et a gagné deux ou trois prix.

Mais, mais, mais ce n’est pas le genre que je préfère en tant que lectrice et donc pas le genre que j’écris. 

Lors d’une rencontre avec un éditeur au sujet d’un manuscrit présenté… « à retravailler », il fut d’ailleurs question de surprises à rajouter, d’écrire un roman et non un récit, et de contexte historique-social à documenter. Et si je ne satisfais pas ses exigences, aurais-je une troisième chance ? 

Il n’y a jamais rien d’acquis, rien de gagné. Surtout pas dans le monde de l’édition québécoise. Toujours la sempiternelle question qui revient : et pourquoi je ne me contente pas d’être lectrice ? Chaque fois, la réponse revient comme un boomerang : je ne peux pas m’empêcher d’écrire ! C’est le dernier manuscrit que j’essaie de faire publier, c’est le dernier, c’est le der…. 
Y’a un boutte à être maso !

vendredi 20 juin 2014

Trois pour le prix d'une

Trois plaisirs pour le prix d'une escapade de quatre jours dans la région de la Yamaska Nord
Dans l’ordre : premier plaisir, le camping
Deuxième : le vélo
Troisième : la lecture


Le camping : je me suis réconciliée avec les Sepaq. Je les boudais parce que je trouvais prohibitifs leurs coûts d’entrée : 7,50 $ par jour par personne. En prenant une passe pour le réseau : 135 $ pour deux, j’ai accès à tous les parcs, sans avoir à me soucier de ces frais d’accès. En les oubliant, j’ai l’impression de ne pas les payer. Reste le camping. Le sans service est de 29 $ la nuitée et le deux services de 38,25 $ Plus les taxes. Disons que c’est un prix assez compétitif si on ne compare pas les genres de campings. Dans les Sepaq, ce ne sont pas les services, le wi-fi ou les activités qu’on va chercher, mais surtout l’espace et la nature. La nature et encore la nature. Alors au parc Yamaska, je fus servie, gâtée. J’ai beaucoup aimé.

Le vélo : des pistes cyclables, des vraies, pas des bandes cyclables le long d’une route. Le rêve pour une promeneuse comme moi. Je ne cherche plus ces sentiers de vélo de montagne escarpées où il faut grimper, descendre debout sur les pédales. Je préfère le plat, le facile. Autour de Granby, je suis servie. Une région où je n’allais plus puisqu’il fallait passer par Montréal, Décarie et pont Champlain. Avec l’ouverture d’un tronçon de l’autoroute 30 du barrage de Beauharnois, je peux me rendre dans les Cantons de l’Est dans un petit deux heures. Des points de vue le long du réservoir Choinière, des haltes le long de rivière Yamaska Nord. Du soleil, des gens gentils. Rien que du présent.

La lecture: ça faisait longtemps que je n’avais pas lu. Longtemps, dans mon cas, c’est près de trois semaines. Faisait encore plus longtemps que je n’avais pas lu un livre:
1- écrit par une femme
2- écrit par une auteure de ma génération (nous avons dix mois de différence)
3- écrit par une Québécoise

Et ce n’est pas tout, elle a écrit sur la mort de sa mère survenue en décembre 2011, or la mienne est décédée en mai 2012. Pire encore, tout comme dans ma famille, elle a une tante qui a séjourné à Saint-Jean-de-Dieu de Montréal et à Saint-Michel-Archange de Québec.

Donc, identification, sentiment de sororité. J’ai lu avec grand intérêt.

Heureusement, je n’avais pas Internet, je me serais ruée sur ma tablette pour tout savoir de cette auteure et peut-être même lui écrire. Ce que je ferai peut-être. Pour lui dire merci. Merci d’avoir écrit sur la relation mère-fille, sur la mort, sur celle des autres, sur la nôtre qui viendra trop vite.

À la mort de mon père, je n’ai pas senti le besoin d’écrire sur lui. Dans les faits, j’ai écrit sa biographie avant qu’il ferme les yeux pour toujours, un certain soir du mois d’août 2006. J’étais plus fille de mon père que fille de ma mère, je dirais. Ce sont pourtant des images de ma mère qui resurgissent parfois. Je revois les derniers jours quand je lui tenais la main. Je cherche encore ce qu’elle voulait me dire en ouvrant la bouche et en murmurant trois « mouah» en me regardant. Je ne saurai jamais. Il me vient des émotions dans un geste de ses petits-enfants. Je me dis qu’elle aurait aimé, souri.

Louise Dupré dans L’album multicolore a tout de même écrit 191 pages sur ce sujet. Je la remercie d’avoir tant écrit, sans trop de répétitions, à part sa «mauvaise lumière du salon», qui à la fin me faisait sourire.

Je lui envie son éditeur qui a accepté de publier un tel récit. Je me demande s’il lui a suggéré d’enlever quelques « mauvaise lumière du salon ». Bien sûr, j’ai noté plusieurs phrases dont celle-ci : « mais, même sans larmes, l’enfance reste tapie dans un coin sombre, elle nous guette, elle ne meurt jamais ». Je ne fus pas surprise d’y voir une phrase que je glisserai dans mon prochain roman. J’aurai l’air d’avoir copié, mais la mienne a été écrite  en 2006 : « on ne sort pas indemne de son enfance ».

En voyant sa bibliographie et les nombreux prix remportés, je me réjouis pour elle de sa réussite. Je ne suis pas très poésie, mais je lirai certainement ses romans.

jeudi 12 juin 2014

Les visages de la peur

Enfant, je n’avais peur de rien. Ni des couleuvres ni des sangsues. Ni de l’eau ni des orages. Peut-être seulement de causer du chagrin à mes parents. Une peur qui me rendit aimable.

Adolescente, je commençai à avoir peur de la violence des humains. Peur de déplaire. Peur de plaire. Une peur qui me rendit prudente.

Dans la vingtaine, j’eus peur de tomber enceinte sans être mariée. J’ai été rejetée, j’eus peur de ne plus être aimée. Puis, j’ai aimé, j’ai voyagé, j’ai travaillé. J’ai vécu. J’avais la vie devant moi. Je n’y pensais même pas. Je suis devenue téméraire. J’ai fait des folies. En ski, en auto, en canot. Pas le temps de penser, pas le temps d'avoir peur. Pas la vraie en tout cas qui ressemble à un mur noir avec plus rien derrière.

Dans la cinquantaine, je commençai à fréquenter les médecins, les cliniques, les hôpitaux. Pour mes parents, pour des amies, pour les autres. Un peu pour moi, mais je n’avais pas peur, j’avais confiance. Je ne pensais pas à la mort sinon à celle des autres.

Au début de la soixantaine, un cancer du sein. La peur n’a pas montré le bout de son nez, la mort non plus. Il n’y eut que l’attente. L’attente de l’après, de tous ces petits « après » qu’on attend, qu’on espère, certaine de leur venue. Et ils arrivent, un à un, jour après jour. 

Un matin, la vie reprend son cours normal, je peux voyager à nouveau, trois semaines, puis six. Ne plus être dans l’attente, ça fait du bien. Je sais bien que je ne suis plus éternelle, mais je peux espérer au moins dix ans encore, vingt peut-être. C’est peu, c’est beaucoup. Tout redevient possible.

Et puis un jour de douche, comme dans les films, une petite masse sur le sein opéré. Les comparaisons commencent, les questions aussi. La peur arrive avec ses doutes et grossit plus rapidement que la bosse. Une peur qui paralyse. Une peur qui devient anxiété, qui gruge le mur de confiance érigé au cours des années. Elle me rend vulnérable et silencieuse. Très silencieuse.

Une peur qui fait peur, qui annonce la possible fin, le possible arrêt de tous les possibles. 

Je rue dans les brancards, je me secoue, je téléphone, j’insiste. J’obtiens un rendez-vous dans dix jours. Ce qui me soulage un temps, comme si je remettais mon sort entre les mains de personnes expérimentées. Comme si j’étais prise en charge.

Et puis j’en parle. Un peu. À une seule personne. Pour ne pas inquiéter les autres. Pour ne pas voir la peur des autres. J'ai bien assez de la mienne.

Je transpose dans mon roman, on meurt beaucoup dans mon prochain roman. J’évacue mes émotions, mes craintes chez mes personnages.

Il y a ce voyage en Alaska, que je dois réserver bientôt. Dois-je l’annuler?

Peur de décevoir. Je me sens responsable, je me sens coupable. Je fais semblant. J’essaie de ne pas paniquer. Je ménage mon bras droit, mes ganglions, ma lymphe. Je vois du monde, je ne lis plus. Je regarde des reportages sur la guerre, je vois la peur des soldats. La peur fait-elle mourir? Je lui en veux à cette mort, à cette peur de venir rôder. Laissez-moi tranquille un peu. Laissez-moi vivre encore quelques années. Pas déjà? Pas déjà?

Et enfin, la visite chez la chirurgienne. Depuis un mois les questions et en quinze minutes, elle y répond : la bosse est modulée. Avez-vous eu un traumatisme, vous êtes-vous frappé le sein? Pas que je me souvienne (mais par la suite, je me souviendrai d’une presque chute en vélo, peut-être que le miroir ou la poignée m’a heurté le sein). Le regard clair et franc, les yeux dans les yeux, elle me dit que ça ne l’inquiète pas, ce n’est pas le cancer qui revient. C’est modulé, qu’elle me répète. Un nouveau mot pour moi. Un beau mot, doux à mes oreilles. Rassurant comme une chanson joyeuse. C’est que j’ai un voyage en Alaska prévu pour… Mais allez-y? Oui, vous êtes certaine. Je lui sauterais au cou. Je l’embrasse. 

La peur a tellement creusé son trou qu’elle ne s’évanouit pas comme ça. Le doute reviendra, bien sûr. Mais pour l’instant, je savoure. Tout redevient possible. Je prépare mes bagages, je dresse la liste de mes besoins. Du vélo à Plaisance, la semaine prochaine, camping à… dans dix jours, un petit tour dans les Laurentides. Et puis ces bottines qui me faisaient envie. Et cette bouteille de vin à 20$ gardée pour les grandes occasions… avec qui fêter?

La peur, tu peux bien repartir dans ton trou, allez, va te cacher, va rejoindre ta comparse, la mort. Je ne veux plus vous revoir avant dix ans au moins. Plus peut-être.

vendredi 6 juin 2014

6 juin 2014: Relais pour la vie

Le 6 juin, pour certains, de moins en moins nombreux, c’est la commémoration du débarquement en Normandie en 1944. Jour triste. Pour moi, c’est le souvenir du jour où j’étais à Calgary en compagnie de l’artiste qui a trouvé une galerie qui acceptait d’exposer ses tableaux, et qui remerciait son père dont c’était justement l’anniversaire de naissance. Jour joyeux.

Mais cette année, en 2014, le 6 juin, ce sera mon deuxième Relais pour la vie. « Une nuit pour la vie », mais pas un jour joyeux, certain. Commanditée, accompagnée, j’irai marcher à Saint-André-Avellin. Un peu plus triste que l’an dernier parce que dans la dernière année, trois autres de mes connaissances sont décédées de ce foutu cancer qui ne cesse de se prendre pour une épidémie et tire tous azimuts sans égard à rien.

Je ne devrais pas alimenter ce billet de ma tristesse, de ma colère, de ma peur de la mort, de la mienne surtout. Ce n’est pas beau. Je devrais parler d’espoir, de vie. Mais, sur le cancer, on est bien loin d’une victoire totale, d’une reddition sans condition. Tout cet argent que l’on donne aux divers organismes, toute cette confiance que l’on met dans la recherche, oui, ça sauve des vies, ça les prolonge, mais à quand les réponses définitives à nos pourquoi et à nos comment. Tout l’argent du monde ne changera pas l’inévitable. Et ce n’est certainement pas moi qui ne suis ni médecin, ni chercheur, ni philosophe, ni religieuse qui peut fournir des réponses aux nombreuses questions ou calmer les inquiétudes.

Je peux juste marcher, tant que je le peux encore. Avec ma peur que je vais laisser de côté. Au cours de la nuit, en compagnie de tous les survivants et des accompagnateurs, je la changerai en amour de la vie, je le sais bien. Demain sera joyeux. 

Pour faire un don ou informations: site de Relais pour la vie>>>
(photo prise l'an dernier, cadre jaune aux couleurs du Relais pour la vie)