vendredi 28 novembre 2014

Bonheur du jour(4)

D’abord l’anticipation. Prendre prétexte de l’achat d’un cadeau pour Noël pour quelqu’un d’autre et te faire plaisir à toi aussi. Avoir hâte de voir l’étalage, la décoration des fêtes, les nouveaux titres surtout. 

Le choix de la librairie. Sans hésitation une librairie indépendante (Rose-Marie à Buckingham) parce que tu boudes Renaud-Bray depuis plusieurs mois : il ne veut pas des livres de Dimedia, tu ne veux pas des siens. Quant à Archambault, il peut se passer de ton argent et de toute façon, le magasin est mal situé pour toi. 

Et puis quel plaisir de voir que la propriétaire te reconnait, même si tu n’y vas plus aussi souvent, depuis que tu es membre de la BANQ. Et si elle ne se souvient pas de ton nom, son sourire et l’empressement avec lequel elle t’indique où trouver tel ou tel livre te font chaud au cœur comme si tu partageais une même passion, ce qui est le cas.

Le choix des livres. Le véritable enchantement commence, la délectation. Comme des caresses d’amour. Rapidement tu prends le livre de 1000 pages de Ken Follett pour le cadeau des Fêtes. Peut-être l’emprunteras-tu pour le lire ? Tu t’attardes aux présentoirs des nouveautés. Tu remarques que les sept tomes de Fanette de Suzanne Aubry ont leur propre présentoir. Wow, quelle promotion ! Tu hésites devant le dernier de Michel Tremblay, Survivre Survivre. Mais tu sais que c’est une sorte de suite de la diaspora des Desrosiers et que tu n’as pas lu tous les précédents. Prendre un livre de Léméac/Actes sud est toujours un plaisir. Tu as toujours aimé le format, le choix du papier la texture de la couverture. Quoiqu’on dirait bien qu’au toucher, la couverture n’est plus aussi poreuse. Tu hésites.

Tu te rends dans les bandes dessinées, tu cherches les éditions de la Pastèque, tu ne trouves pas, tu demandes à la propriétaire. Auteur Marsi, Titre Colis 22, éditions La pastèque, elle trouve immédiatement. Pourquoi celui-là ? Depuis le temps que tu voulais lire Marsi, le compagnon de Venise. Tu as couché chez eux, ou plutôt tu avais séjourné dans leur stationnement trois jours pendant les correspondances d’Eastman. Elle tient un blogue sur la littérature québécoise, Le Passe-mot et lui, il dessine. Fort bien d’ailleurs. Tu feuillettes : un vélo. Ça te rappelle tes intrépides virées avec tes bicyclettes. Tu tournes encore quelques pages, tu es ravie, tout à fait le genre de dessins en noir et blanc comme ceux de Michel Rabagliati que tu aimes bien aussi. Tu hésites, mais entre un Tremblay que tu pourrais emprunter à la bibliothèque et une bande dessinée québécoise, d’un auteur relativement nouveau qui commence dans le domaine… tu te décides, ce sera Marsi.

Un troisième ? Allez, dis oui. Un roman que tu ne peux pas emprunter en numérique à la BANQ, parce que tous les éditeurs ne s’y trouvent pas, allez savoir pourquoi. Tu retournes aux romans, tiens un nouveau Nancy Huston, oui, tu te souviens avoir lu un article sur elle, dernièrement. Bad girl. Non, non, tu ne vas pas encourager ces titres en anglais ? Tu sais comme ça t’horripile cette tendance très française de croire que l’anglais répond mieux à certaines façons de penser. Et puis tu sais aussi que tu as été souvent déçue de la lecture de Nancy Huston. Tu feuillettes quand même. Page 11 : «Toi, c’est toi, Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère, celui/celle qui lit. Un personnage.» Et page 259, une citation de Roland Barthes « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. » Tu es remuée, avoues. Tout à fait ce que tu voudrais écrire au sujet du manuscrit sur lequel tu travailles présentement. De vraies personnes qui deviennent personnages. Dont la vérité se change peu à peu en simple vraisemblance.

Tu aimes déjà ces petits chapitres courts qui tiennent en une demi-page, parfois deux. Tu le gardes dans tes mains, mais tu cherches s’il n’y aurait pas mieux. La tête penchée pour voir les noms des auteurs, tu cherches dans les « L », sachant bien que les tiens ne sont plus sur les tablettes depuis bien longtemps. Et puis, de toute façon, trop estomaquée par ce que tu viens de lire, tu sais que ton choix est fait, tu jettes un coup d’œil à la quatrième couverture  et à quelques pages encore du Bad girl de Huston. Non, décidément, tu dois le prendre, tu veux le lire, tu sais déjà que tu souffriras de ne pouvoir écrire comme elle, qu’il ne faut pas d’ailleurs, mais que finalement tu baigneras dans cette atmosphère que tu aimes tant, assise dans ton fauteuil préféré, au coin du feu, peut-être du Mozart ou du Bach en sourdine, un café sur la petite table, sûrement. Tu essaieras de ne pas te précipiter sur ton cahier de notes à chaque trois pages de lecture. Tu essaieras d’être une lectrice seulement. 

Tu seras comblée.

(photo de l'auteure)
Blogue de Venise >>>

vendredi 21 novembre 2014

De la résistance

Ils ne sont pas nombreux les blogues d’auteurs québécois. Celui d’Annie Cloutier me plaît bien, elle ne parle pas que de livres ou d’écriture. Elle n’écrit pas en langage de blogue ni chronique journalistique. Elle écrit comme elle l’entend. Plus long qu’un billet moyen. Et je m’en réjouis. Elle a beau écrire : «Qui aime les récits de ce qui ne tourne pas rond? Le blogue ne sert pas à étaler. Je résiste donc

Dans ses billets, j'y ai quand même vu des tourments, des doutes, des questions et ses résistances. Entre les lignes, ses humeurs.
Moi aussi, je résiste souvent. J'essaie de garder pour moi ma mauvaise humeur, qui dure moins longtemps qu’à quinze ans, mais encore trop. Je sais pourtant que je dois parler ou écrire pour évacuer ces nuages noirs, ces orages intérieurs. Mais je ne veux pas embêter les gens avec mes sombres pensées. Ne veut pas expirer cette énergie négative, la jeter à tous les vents dans l’univers des autres, qu’ils soient des lecteurs ou des proches.

Mais où me débarrasser de ce trop-plein émotif? Après quelques grognements et résistances de ce cerveau rancunier, la réponse s’impose, toujours la même : dans un roman. Dans un roman, il faut justement de la mauvaise humeur, des conflits, des cris, du négatif, du ça va mal, de la violence, des pleurs dont on ne sait quoi faire, des gens en mauvaise santé, des gens qui vont mourir, ces gens qu’on ne veut pas voir, notre malaise qu’on ne veut pas affronter.

Alors je m’y mets aussitôt comme une catharsis. 
Mais quel personnage choisir pour une telle libération? Les questions viennent plus vite que les réponses: personne ne cadre avec ma réalité. Tout le monde est gentil dans le manuscrit en cours. Tous des portraits flatteurs. Et quelle est cette idée saugrenue que j’ai eue d’écrire un roman à partir de mes ancêtres? J’ai l’air fin maintenant avec leurs descendants. Je ne veux plus que les descendants soient mes proches. Que les lecteurs pensent que ce sont les membres de ma famille, que la narratrice, c’est moi. Si à la limite, je peux leur inventer des sentiments ou des fantasmes ou des pensées parce que je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont été dans la vraie vie, je résiste à  créer des actes dont ils n’auraient pas été fiers.

Quelle est cette obsession (peut-être un peu fort comme mot, disons, cette inquiétude qui revient) de savoir ce que peut penser le lecteur au sujet de mes personnages, ou apprendre sur les membres de ma famille. Parce que j’ai été étonnée d’apprendre qu’une recherchiste avait cru que j’étais un ex-religieuse à la lecture de mon premier livre Je me veux? Et qu’elle voulait m’interviewer sur ce sujet? Est-ce que je me demande si le Luc d’Hugo Léger, dans Le silence du banlieusard, est l’alter ego de l’auteur, si Nathalie est l’équivalent de sa véritable épouse, si Lucie ressemble à cette petite qu’il a eue ou pas eue, dans la vraie vie. Non, en tant que lectrice je ne me demande jamais, même pour un premier roman, si tout est vrai, si tout vient de la vie de l’auteur. Non, je lis une histoire qui raconte la vie de personnages. Pourquoi en tant qu’auteur, je me préoccupe de ces questions? Pourquoi avant d’écrire une scène, je résiste? Et quand bien même, l’histoire ressemblerait en quelques points à la mienne, quand bien même certains lecteurs chercheraient le lien ou songeraient à faire le rapprochement, quand bien même j’aurais dix romans derrière moi avec une trentaine de personnages différents, des fins, des gentils, des violents, des séparés, des durs à cuirs, des voyous, des éduqués, des ouvriers, alors que ce n'est pas le cas, qu’est-ce que ça change? En quoi ça me concerne, ce que peut penser un lecteur? De toute façon, il s'appropriera l'histoire, en fera ce qu'il veut avec son vécu à lui. Pourvu que ce soit agréable à lire et qu’il passe un bon moment, j’ai ma conscience, j’ai ma vie et moi seule sais ce qu’elle est vraiment. 

Cesse de résister. À tes humeurs, à tes questions. Écris.

blogue d'Annie Cloutier>>>
(photo de l'auteur, au Yukon)

vendredi 14 novembre 2014

Matin de givre

Quand la nature nous dépose cadeau
Quand le givre nous décoche sourire
Quand le soleil nous rend l’humeur belle et douce
Quand les mots s’effacent devant la couleur
Le silence s’installe
Le présent approche et chasse le temps
Le froid s’oublie
La paix vient


(montage photos de l'auteure)

lundi 10 novembre 2014

Bonheur du jour(3)

Bientôt six ans de blogue, mais j’avoue que les anniversaires qui me concernent personnellement, peu importe ce qu’ils rappellent, sont rarement soulignés encore moins fêtés. À peine évoqués, bien souvent oubliés. Tout de même une petite fierté que ce blogue qui n’a plus la prétention de ses débuts. Un fouillis plus ou moins ordonné, juste pour mon plaisir personnel, quoique je ne refuse jamais les commentaires écrits ou glissés à mon oreille un soir de bavardage, signe que mes billets sont lus, ce qui me motive un brin à poursuivre.

Tout de même, certains bonheurs du jour (puisque c’est le titre de ce billet) sont plus jouissifs que bien des anniversaires. Occasionnent une petite ou une grande émotion. Un large sourire parfois. Une paix au cœur bien souvent.

Comme ce courriel reçu la semaine dernière qui confirmait qu’un lecteur trouvait mon manuscrit soumis suffisamment amélioré pour le passer à un autre. Petit bonheur que ce presque oui auquel je n’ai pas ajouté de « mais » ou de « même si ». En tout cas, ce n’est pas un non définitif. 

Comme mes petits déjeuners. Un rituel bien rodé. Un plaisir chaque matin répété, qui s’étire le temps que je veux. Table du matin devant une fenêtre exposée au sud. Lumière bienfaisante surtout en ce mois de novembre parfois maussade. Sittelles, mésanges, geais bleus et même pic sont conviés. Des rôties, un fruit, un café (à elle seule, la première gorgée peut s’avérer le bonheur du jour) et bien sûr l’indispensable lecture. Parfois revue de voyage ou La Presse+, mais plus souvent roman. Le matin, je fuis les prises de conscience, les questionnements, les analyses socio-politiques. Donc que des romans. Ce matin, version papier, Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. Autant je l'ai boudé pendant des années, autant c'est un bonheur assuré de le lire ou relire aujourd'hui.

Entre deux gorgées, il est possible que je me lève pour aller chercher papier et crayon pour noter une idée, venue à la suite d’une émotion à la lecture du roman.

Que du bonheur.
Et vous, comment sont vos petits-déjeuners?

lundi 3 novembre 2014

En Outaouais aussi on écrit, on publie

Oh! que j’aime quand le journal Le Droit publie des articles sur des gens de l’Outaouais. En arts et culture surtout, parce que pour les actualités, je n’ai rien à dire.

Oh! que j’aime quand une auteure de l’Outaouais se démarque. En l’occurrence, Andrée Poulin. Bientôt, on ne parlera plus d’elle comme une Franco-ontarienne. On ne la limitera pas à cet Outaouais où elle demeure. Déjà ses livres sont publiés chez des éditeurs montréalais et le roman qui vient de remporter le Prix TD de littérature canadienne pour l'enfance et la jeunesse est publié chez Bayard Canada. C’est dire que le rayonnement international n’est pas loin. 

Oh! que je suis heureuse pour elle, j’en profite pour la féliciter à nouveau. Un prix de cette envergure, ça ne fait pas que sortir l’auteur de sa région, ça donne un élan pour la suite des choses. Pour continuer à écrire.

Parce qu’elle peut être difficile et longue et méandrique la route de l’édition. Peu importe votre lieu de résidence. Celle de l’écriture ressemble à un sentier plus ou moins éclairé qu’on parcourt en solitaire. Mais ensuite, ensuite…

Entre le rêve et la désillusion se dressent le doute, le questionnement, parfois l’abandon. 
Entre le rêve et la réussite s’interpose surtout la persévérance. Sans compter que chacun a une définition différente de la réussite. On peut réussir dans sa municipalité, sa région, sa province, son pays, le monde. Ou seulement dans sa famille. Et s’en sortir fière quand même. Ou pas.

Pour une Andrée Poulin qui vogue avec un vent favorable vers le sans limites, il y a d’autres auteurs, d’autres éditeurs qui rament. Qui pataugent même. Qui ont peine à se tenir la tête hors de l’eau.

Dans ce monde de l’édition, cruel et complexe, le seul talent, le seul travail ne suffisent pas. Le Québec ne fonctionne pas comme le Canada, les États-Unis ou la France : on peut compter sur les doigts de la main des agences qui conseillent les auteurs. Donc, c’est à l’auteur de trouver une maison d'édition qui l'aide à naviguer sur une mer déjà fort occupée.

Depuis deux bonnes décennies, à moins d’avoir vraiment une maison d’édition qui peut se permettre d’engager une relationniste, il vous faudra, le jour où votre manuscrit sera enfin publié (et ne croyez pas que ce sera le premier le plus difficile, non c’est à recommencer chaque fois), sortir de votre tour d’ivoire, de votre sentier tranquille pour multiplier les activités de promotion qu’on pourrait très bien appeler réseautage. 

Faire appel à vos contacts, envoyer des courriels, des communiqués de presse, courir après les médias, espérer un retour d’appel, écrire des billets de blogue, entretenir un site, twitter, commenter, organiser un ou des lancements, surveiller la distribution de votre livre, prendre d’assaut les librairies (au moins celles de votre quartier), oublier votre gêne pour vérifier que votre livre ne se retrouve pas sur les tablettes de la spiritualité parce que vous avez ajouté le mot « ange » sur la quatrième couverture ou dans le coin des voyages parce que le mot Italie est écrit sur la couverture.

Avoir hâte de rentrer chez vous et juste écrire. Et lire.

Envoyer votre prochain manuscrit, attendre, relancer l’éditeur qui a ses propres problèmes, ses propres espoirs, attendre encore. Continuer, ramer. Vous réjouir pour tous les Loïse Lavallée Nicole Balvay Haillot, Michèle Bourgon, Christian Quesnel, Guy Jean et Andrée Poulin de l’Outaouais qui ont publié cette année (et plusieurs autres que je connais moins).

Espérer qu’un jour, vous ne ferez que ça, écrire. Sans tomber dans la désillusion ou la dévalorisation. Sans abandonner malgré les refus, si telle est votre passion, si là est votre chemin, si là est votre cœur qui bat.

lundi 27 octobre 2014

Sur les traces de... (2)


Sur les traces de... ou ces artistes peintres qui m’ont fait voyager.

À l’école, par le visionnement d’une centaine de diapositives, un professeur d’art plastique a fait connaître quelques artistes peintres à ses élèves de onzième année. Dont j’étais. J’ai surtout retenu Renoir, Delacroix, Van Gogh et Gauguin. Ma culture en art visuel était très limitée. Et les quelques rares voyages m’avaient surtout montré des Michel-Ange à Rome et des dizaines d’églises, encore des monuments et un ou deux musées.

Et j’ai rencontré Louise Falstrault qui n’avait qu’un rêve, devenir artiste peintre professionnelle. Vivre de son art. Elle était curieuse, éclectique. Elle m’apprit la couleur, la composition, l’équilibre des masses. M'apprit aussi à voir la nature, différemment. Dangereuse au volant, son regard s’égarait entre ciel et forêts. Les bleus se changeaient en cérulean, les rouges en rubis, les jaunes en ocres.

Un peu comme les livres (lire billet publié plus tôt cette semaine), la découverte de quelques artistes peintres m’a donné le goût d’aller voir ce que ces artistes avaient vu et peint. Mais plus souvent encore, c’est lors de voyages ou de symposiums auxquels elle participait que Louise me permit de rencontrer  des professionnels dont j’ignorais tout. 

Nous avons marché dans les pas de Van Gogh et trouver difficilement son asile de Saint-Paul de Mausole, en Provence.

À Malaga, Espagne, nous avons appris à connaître — pas aimer, mais au moins connaître et respecter — Picasso. Quant à Barcelone, si un jour on se décide à la visiter, ce ne sera pas pour Dali mais pour Gaudi.

Nous avons traversé toute la municipalité de Pont-Aven, en Bretagne, détectant à chaque détour de rue, la présence de Paul Gauguin et de ses disciples.

Aux États-Unis, j’avoue que peu d’artistes peintres nous touchent. Peut-être au nord, à Cape Cod, ou au Maine, la lumière de certaines marines nous émerveille, comme dans quelques tableaux de Don Stone. En Alaska, l’art tlingit : ses symboles, ses couleurs vives nous ont beaucoup intéressées pour toute l’histoire qu’il racontait.

Pour le Yukon, c'est plutôt les photographies de Christoph Fisher parues dans la revue PhotoSolution d'octobre 2013 qui ont donné le dernier petit coup de pouce à l'artiste-des-couleurs pour avoir le courage de s'y rendre. Sauf que c'était des couleurs d'automne alors qu'il n'était pas question de risquer la neige qui, comme chacun le sait, survient très tôt au nord du 60e parallèle. Tout de même, le ciel du Yukon diffuse une lumière bien différent, d'ajouter l'artiste peintre.

Au Québec, le fait de demeurer en Outaouais, nous étions plus attirées par le Groupe des Sept bien connu en Ontario plutôt que les peintres de Charlevoix, comme Clarence Gagnon. Nous avons toujours préféré la nature, sans présence humaine, à « ma petite cabane au Canada ». Donc le Jack Pine de Tom Thomson nous a menées à la galerie d’art de l’artiste, à Owen Sound et à Kleinburg, au Musée McMichael. Il était tout naturel de passer du groupe des Sept à Bruno Côté. L’idole de Louise (lire billet de juillet 2010>>>) jusqu’à ce qu’elle le rencontre à son atelier à Baie-Saint-Paul et qu’après une soirée de jasette, il lui dise de rentrer chez elle, de l’oublier et de trouver son style à elle. Ce qu’elle fit, tout en continuant de lui vouer une vive admiration.

Comme pour la lecture, l’art visuel à lui seul ne suffit pas à nous donner le goût de bourlinguer, mais l’art visuel aussi.

Et vous, qu’est-ce qui motive vos choix vers telle ou telle destination ?

(Les illustrations proviennent toutes d'Internet, je n'ai pas les moyens de m'offrir les giclées, encore moins les originaux!
En haut à gauche: Jack Pine de Tom Thomson
En bas à gauche: Bruno Côté
En haut à droite: Van Gogh
Au milieu: Paul Gauguin, Pont-Aven
En bas à droite: une photo de Christoph Fisher)

dimanche 26 octobre 2014

Sur les traces de…

Sur les traces de... ou ces livres qui me font voyager. Les livres sont des voyages en soi. Et en soi. Mais certains m’ont vraiment donné envie d’aller voir de plus près.

Quand tu as dix-onze ans et qu’une héroïne de livre s’appelle Claude, qu’elle a un chien et une île au bord de la mer, il est certain que tu veux aller en Bretagne, le plus tôt possible. Comme bien des jeunes, j’ai été déçue, une fois adulte, d’apprendre que l’île de Kernach n’existait pas. Vous aurez peut-être reconnu les romans d’Enid Blyton que j’attendais avec impatience à chaque anniversaire ou fête.

Il a fallu que je vieillisse un peu avant de lire des Simone de Beauvoir pour avoir le goût d’aller en France, m’assoir, bien sûr, au café de Flore. Pour la Provence, même si Simone de Beauvoir marchait dans les sentiers situés derrière Marseille, c’est plutôt la lecture de Jean de Florette qui m’a suggéré de visiter Les-Baux-de-Provence et de voir la garrigue de près.

Alaska de James Michener m’a vraiment impressionnée, mais de là à rouler 10,000 kilomètres jusqu’aux îles aléoutiennes... Mais en allant à L’Anse aux Meadows, Terre-Neuve, j’ai quand même retrouvé un brin de l’histoire entourant l’arrivée des Vikings sur la terre américaine. Il aura fallu attendre la publication de Yukonnaise de Mylène Gilbert-Dumas pour me décider à me rendre au Yukon et Alaska (disons que  ce ne fut pas le seul élément déclencheur, mais un argument de plus). C’est très agréable au retour d’un voyage de lire encore sur la région visitée. Dans ce sens, Lili Klondike entretient mes très beaux souvenirs.

Au Québec, je me suis souvent rendue au Chenal du Moine, près de Sorel, et chaque fois, je cherchais les personnages et le décor du Survenant de Germaine Guèvremont.

J’ai connu la Gaspésie bien avant d’avoir L’Herbe et le varech d’Hélène Ouvrard dans les mains, mais lors de la lecture, je revoyais facilement l’héroïne pleurer toute sa peine et réfléchir sur sa vie sur les plages mouillées d'embruns. Je sentais même l’odeur du varech.

Finalement pour clore le sujet — qui ne le sera jamais, en ce qui me concerne — , les trois tomes de Feu, de Francine Ouellette m’ont plongée dans ma propre région : l’Outaouais des Algonquins. Tout comme l’a fait Jean-Guy Paquin avec son Au pays de Canard Blanc et dernièrement, Au pays des Weskarinis. Je n’ai pas été déçue de Wendake, au nord de la ville de Québec, même si pour l’histoire des Hurons, j’ai préféré Sainte-Marie-les-Hurons, en Ontario.

La lecture seule ne suffit pas à me donner le goût de bourlinguer, mais la lecture aussi.

Et vous, certains romans vous incitent-ils au voyage ?

(quelques-unes des illustrations proviennent des sites Internet d'éditeurs)

dimanche 19 octobre 2014

Michèle Bourgon comme titre
pour retenir son nom

Photographie de Michèle Bourgon empruntée à sa page Facebook

Hier, un livre, Y'a pas de souci! Hier, des auteurs, de l’Outaouais pour la plupart. Je reconnais quelques visages, je peux nommer quelques noms. Une cinquantaine de personnes, je dirais, pour le lancement du livre de Michèle Bourgon. Un récit où l’ont conduite ses trois mois de résidence d’auteure en France. Un récit de voyage, de séjour, de rencontres. Pour surmonter ses peurs, une seule arme, la meilleure : les raconter. Autodérision et heureux mélange de mots québécois et expressions françaises qui nous font sourire et même rire. Qui nous fait voir la Camargue et un peu de Bourgogne. Qui nous donne presque envie d’aller voir de plus près.


Dire que c’est une auteure de l’Outaouais, je ne veux pas. Ça ne suffit pas, ça limite trop, même si je voudrais dire au monde entier, au moins à la province de Québec qu’il n’y a pas qu’à Montréal, à Québec ou à Sherbrooke qu’il y a des auteur-e-s. Pas qu’à Montréal qu’il y a des maisons d’édition ou des librairies. Mais ce serait là ouvrir un débat pour lequel je n’ai que des impressions, des réactions, des colères qui ne sont probablement que des envies et pas tellement d’arguments rationnels. Plutôt clamer haut et fort que Michèle Bourgon existe, qu’elle écrit. Fameusement bien d’ailleurs. Sa vie professionnelle a toujours tourné autour des mots. Elle a enseigné le français, elle écrit de la poésie, des nouvelles, des billets de blogue. Elle lit, elle parle de livres à la radio. Elle codirige le collectif Des nouvelles de Gatineau. 

Hier un monde d’écrivains. Son monde et, j’ose croire, le mien aussi. Qu’à mon tour, je veux rendre visible, parce qu’il est digne de mention. Hier, un livre que je dévore ou plutôt non, que je goûte divinement, le sourire aux lèvres.

Michèle Bourgon présentera son livre à Lachute le 13 novembre.
Le livre est disponible sur le site : leslibraires.ca>>>. Papier ou numérique
Son blogue, joliment intitulé La Mère Michèle>>>

dimanche 12 octobre 2014

Splendeurs et misères

« Écrire est un besoin féroce, tragique, chez tous les écrivains et souvent davantage chez les mauvais que chez les bons. » Raymond Queneau 

Je crains fort d’être dans un temps de misères et non de splendeurs. Je crains également de faire partie des « mauvais » dont parle Queneau. Mauvais comme dans « mauvais livre » dont parle Laferrière dans son Journal d'un écrivain en pyjama. Même si je ne sais pas ce que veut vraiment dire mauvais. Mauvais pour qui? Peut-être ennuyant pour un lecteur et pas l’autre, impubliable pour un éditeur et pas l’autre. Exemple : être un éditeur, je n’aurais jamais accepté de publier, même pas de lire, les premières pages de La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen. Pourquoi?

« Il y aurait tout un débat à faire sur la qualité du français, la place de la langue orale dans notre littérature nationale », Philippe Garon. 

De cette langue écrite, il en fut à peine question parmi les lecteurs de Châtelaine >>>

Parce que pour moi, on ne laisse pas le mot « canceller » dans un roman écrit. Entre autres. C’est viscéral : je ferme le livre sans lui donner aucune chance. Bien sûr, avec des raisonnements semblables, Michel Tremblay n’aurait jamais été publié. Je me calme, sans pour autant rouvrir le roman, j’essaie de nuancer, de me dire qu’il en faut pour tous les goûts, de tous les genres, de tous les styles. Qui suis-je pour juger de la qualité d’une oeuvre? En fait, il ne s'agit pas de la qualité du roman, il s'agit du choix délibéré de laisser les anglicismes. Le joual dans les dialogues, je ne suis plus contre, c'est notre réalité, mais les anglicismes, pas capable. Autant les accepter carrément dans les dictionnaires, là, tout de suite. Autant dire que tout le travail de Marie-Éva de Villers et plusieurs autres ne servent à rien. Autant clamer haut et fort que ça ne vaut pas la peine de se forcer à préserver notre français. 

Quel français? direz-vous. À vous le débat, je retourne à la correction de mes propres écrits.

Variante sur un même sujet
Sur ma tombe ou mon urne funéraire, on pourra écrire : « Elle aura beaucoup écrit ». Pas beaucoup publié, pas tellement lue, mais elle aura écrit. Bien, ça dépend tellement de nos valeurs. Bien pour quelques personnes, mais pas assez pour les éditeurs, il faut croire. Eh ! oui, j’attends toujours une réponse d’éditeur-s et cette attente m’envoie directement dans le doute, bien plus près des misères que des splendeurs. Dans la paralysie du prochain roman. À quoi bon continuer? me dis-je. 

Et si le premier objectif d’une personne qui écrit, qui chante, qui peint, qui danse, beaucoup ou peu, bien, très bien, mal ou très mal n’était que de s’exprimer? Alors, là, je suis championne. 

Avant de brûler tous mes écrits, je me secoue, je vais dehors prendre l’air de cet automne coloré. À quoi bon la mésestimation inutile?

Quand j’écris, que tout coule, je ne me soucie pas de savoir si c’est bon ou non ! C’est quand une question surgit, quand un mur se présente, que tout s’arrête, mis en suspens tant que la question ne se règle pas.

Et la question revenue pour la nième fois est : qu’est-ce qui arrive aux personnages? Inspirée de mes ancêtres irlandais, c’était facile d’inventer ce que je voulais pour les années 1850. Pour la suite (pas encore publiée, pas encore acceptée, ma patience est mise à rude épreuve), j’ai eu un peu de mal, mais en changeant les prénoms, les personnes sont devenus des personnages, mais là, pour la finale, les personnages s’inspirent de ma génération. Je ne veux pas que ce soit uniquement de ma vie. Je ne veux pas que ce soit la vie des membres de ma famille, tout morts soient-ils. Même si je n’ai pas beaucoup d’imagination, aucune envie d’écrire des biographies, ni la mienne ni celles de mes parents (pour mon père, c’est déjà fait, ce fut facile, je n’avais pas besoin de romancer, d’inventer, juste me souvenir et poser des questions au principal intéressé). Cette fois, pour les besoins de dramatisation, je veux des conflits, des colères, des infidélités, des départs, des incidents qui n’ont pas existé dans ma famille. Ou s’il y en eut, forcément qu’il y en eut, mais à doses anodines qui ne regardent que nous.

Une façon de m’en sortir : ne pas écrire au « je », c’est déjà prendre une distance, une dépersonnalisation. Et puis changer les lieux. Ce sera plus difficile. Je voudrais tellement présenter ma région, qu’on sente l’amour que j’ai pour elle. Faire de moi un Fred Pellerin-de-Saint-Élie-de-Caxton, faire de moi une Mylène Gilbert-Dumas dans son Yukon adoré. Fausse pudeur, retenue, réserve, sauvegarder ma vie privée? Ne pas me faire poser de questions ? Tout ça. Écrire, c’est s’exposer, je sais bien. Et aujourd’hui, qui est-ce que ça gêne? Que moi.

Et vous, quelles sont vos misères d’aujourd’hui ?